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le Glossaire le lui présente de toutes les façons dont il peut avoir été écrit ; ainsi nous avons pris le parti d’admettre toutes les orthographes, sauf à renvoyer quelquefois de la moins commune à la plus ordinaire. Dans celle-ci nous suivons la méthode ordinaire de tous nos articles : nous donnons quelques citations entières du texte de nos Auteurs, et nous indiquons ensuite les autres par des renvois aux pages : mais lorsque d’une orthographe moins commune, nous renvoyons à une autre qui l’est davantage, nous nous contentons ordinairement de faire connoître, par de simples renvois, les Auteurs qui ont employé cette orthographe, dont les exemples se rencontrent plus rarement.

La commodite des Lecteurs qui auront besoin de feuilleter ou de consulter notre Glossaire, n’est pas l’unique raison qui nous ait déterminés à rapporter toutes les différentes orthographes d’un même mot : outre qu’elles serviront quelquefois, par leur analogie réciproque, à confirmer nos explications, nous espérons que les Savants pourront en recueillir d’autres avantages. Les différents degrés par lesquels le même mot a passé, en recevant plusieurs changements successifs dans la prononciation, dans son orthographe, etc, sont autant de chaînons qui nous conduisent de proche en proche à l’origine du mot dont nous nous servons aujourd’hui.

Pour faire sentir combien il est nécessaire, pour démêler précisément la vraie signification d’un mot, de connoître les diverses manières dont il se trouve orthographié, je citerai le mot adeser et adaiser qui se lit assez fréquemment dans nos plus anciens Ecrivains : son acception la plus générale est celle d’approcher, toucher, mettre la main à quelque chose : on trouve même adeser la main pris dans ce dernier sens. Si nous n’avions que ces deux orthographes adeser et adaiser, nous n’aurions encore qu’une connoissance très-imparfaite et presque fausse de ce mot. Une autre orthographe, en levant, pour ainsi dire, le voile qui couvroit son origine, nous en donne une explication juste, claire et précise. Quelquefois on écrit adoiser. Il est visible que le mot dois que l’on a dit pour doigt, et celui de qui nous reste encore pour signifier un Dé à coudre, sont les racines du mot adaiser, adeser, adoiser, et qu’ainsi adoiser est proprement toucher du bout du doigt : en effet nous trouvons adeser et adoiser joints au mot toucher, non comme lui étant synonymes, mais pour dire ne toucher que très-superficiellement et comme du bout du doigt.

Il seroit difficile d’assigner aux mots Godendars et Godenhoc leur véritable étymologie, s’ils n’étoient écrits que de ces deux manières. Guillaume Guiart qui l’a écrit Godendac, donne lieu de conjecturer que ce mot qui s’est dit d’une hallebarde ou pertuisane, sorte d’arme dont se servoient les Flamands, vient des deux mots Allemands ou Flamands gout tag qui signifient, bonjour. L’usage où nos soldats sont encore aujourd’hui, pour marquer qu’ils se font un jeu de la guerre, d’appliquer à ses opérations les plus cruelles, les expressions les plus gaies et les plus riantes, autorise à penser que des peuples grossiers avoient plus essentiellement cette habitude : ainsi percer d’un godendac, d’un godendars ou godenhoc, étoit proprement donner le bonjour, dire le dernier adieu à celui qu’on avoit tué ou blessé. Rabelais nous apprend que l’expression de bonjour étoit autrefois usitée au jeu des échecs, quand on donnoit échec à quelque pièce principale.

Veut-on pareillement démêler l’origine et la signification du mot Adés, tout présentement, maintenant, continuellement, sans cesse ? on fera de vains efforts, si, comme Ménage, on le dérive du Latin ad ipsum tempus, ou de quelque autre source aussi suspecte : mais qu’on rencontre le mot adés mis avec tout, comme on le rencontre souvent, et qu’on lise ensuite adies pour adés, il n’y a personne qui ne voie que tout adies, est le même que le Latin tota dies ; qu’il a d’abord signifié toujours, et qu’on l’a pris ensuite pour tout à l’heure, de même qu’on donne au mot incessamment l’une et l’autre signification.

Cette manière de découvrir les étymologies de nos mots est plus naturelle, plus sûre et plus facile que celle dont se servent nos plus savants étymologistes. Ils se perdent dans des combinaisons forcées de nos mots François avec ceux des langues Hébraïque, Grecque, Arabe, etc. tandis qu’ils ont sous leur main dans nos anciens Auteurs ce qu’ils vont chercher à grands frais dans les climats étrangers.

Les seuls mots Graigues, Triquoise et Taïaut, montrent qu’un très-léger changement dans l’orthographe, suffit pour faire appercevoir des étymologies qu’il seroit difficile de trouver par d’autres moyens. Puisqu’on lit Garigues au lieu de Graigues, il est certain que le mot populaire Graigues vient de ce mot Garigues, qui lui-même a été pris du Latin Caligæ. En lisant Turquoise au lieu de Triquoise, on juge que cette espèce de tenailles dont se servent les maréchaux, étoit un instrument emprunté des Turcs. Enfin quel besoin d’aller, comme quelques-uns de nos Savants, fouiller dans les Vocabulaires hébreux pour déterrer l’origine du mot Taïaut consacré à la chasse ? lorsqu’on lit iaux pour eux, et à iaus pour à eux ; lorsqu’on sait que cette expression à iaus, fut employée pour exciter les troupes au combat, et que l’on s’en servoit aussi anciennement à la chasse pour animer les chiens, peut-on se dispenser de reconnoître que Taïaut a été formé de aiaus pour à eux, en y ajoutant un t, comme on a fait dans le mot Tante originairement ante, tiré du mot latin amita !

Il en est de même du mot Simagrée que nos Dictionnaires modernes définissent certaines façons de faire affectées, certaines minauderies. La Piquetière Blouin le dérivoit de simulacrum, et Ménage le tire