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xv

connus : le Serment de Louis le Germanique en 843, et la Traduction, plus ancienne peut-être, des Actes de Saint-Etienne, citée par Du Cange, et publiée par le Beuf.

Chaque siécle fournit des monumens capables de nous mettre en état de comparer la Langue Françoise à elle-même, suivant l’ordre de ses différens âges.

Cette Langue faisoit, dès le treizième siécle, l’admiration des Nations étrangères les plus civilisées, qui la préféroient hautement à la leur. Rien n’est plus glorieux pour elle que le témoignage de Brunetto Latini, qui, né en Italie dans ce siécle même, aimoit mieux écrire en François ; parce que, disoit-il, cette parleure est plus délitable et plus commune de tous langages, etc. etc.

La Langue Françoise devenue si célèbre, acquéroit de siécle en siécle un nouvel éclat. Les perpétuels changemens qu’elle éprouvoit, la perfectionnoient en l’épurant. A des mots rejetés, à des acceptions abandonnées, succédoient chaque jour de nouveaux mots et des acceptions nouvelles. Ce sont ces mots rejetés, ces acceptions abandonnées qui sont les matériaux du Glossaire, que M. DE SAINTE PALAYE offre au Public.

Une simple liste de ces mots avec leurs acceptions entassées pêle-mêle, n’auroit présenté qu’un amas informe de débris. J’ai tâché, continue ce Savant, de les ranger dans un ordre régulier, et de les assujettir à un plan, dont la disposition même éclairât toutes les parties. Je me suis proposé de mettre sous les yeux l’altération successive des mots, en même-tems que je montrerois à l’esprit la génération insensible des idées qui y ont été attachées ; l’Ortographe primitive peu à peu dégradée, présentera d’abord à l’oeil, l’Histoire Physique du mot. La signification primitive insensiblement étendue, offrira ensuite à l’esprit la généalogie des diverses acceptions, sorties les unes des autres. On les verra s’éloigner de proche en proche, tantôt s’échapper dans des sens détournés ou figurés, tantôt emprunter, pour ainsi dire, la teinte de l’idée voisine, et bientôt se confondre elles-mêmes. On suivra l’enchaînement de toutes leurs métamorphoses qui se développant successivement, aboutissent enfin quelquefois à une signification tout-à-fait opposée à la signification originaire. Ce tableau qui jette nécessairement de grandes lumières sur la partie grammaticale de notre Langue, n’en jetteroit pas moins sur la partie philosophique, si je pouvois me flatter de l’avoir exécuté comme je l’ai conçu.

Tel est le précis très-succint de la première partie de la Préface intéressante, qui sera mise à la tête du Glossaire François.

M. DE SAINTE PALAYE donnera dans la seconde Partie des moyens généraux pour démêler dans les mots anciens de notre Langue, les altérations qu’ont éprouvées ceux de la Langue Latine, d’où ils sont nés ; afin que ceux qui les liront puissent en connoître la source.

De la composition mécanique des mots, on passera au détail de la marche, que l’esprit a tenue pour se détourner de la signification primitive, et on tâchera de faire voir comment, en s’écartant de plus en plus par des idées accessoires, on les a transportées quelquefois aux significations les plus opposées, tantôt dans le sens propre, tantôt dans le sens figuré : ce sera une espèce de clef qui servira d’introduction aux mystères presque impénétrables de cette obscure antiquité, et qui facilitera l’intelligence des termes, que souvent on n’a pu entendre qu’après de pénibles recherches : par là, notre savant Auteur pourra se dispenser de répéter, dans un grand nombre d’articles du Glossaire, les raisons qui l’auront déterminé à fixer la signification des mots. Enfin, ajoute M. DE SAINTE PALAYE, pour contribuer, autant qu’il est en moi, au soulagement de ceux qui voudront lire nos anciens Ecrivains (car c’est le principal but que je me propose), je joindrai quelques observations générales sur la Syntaxe, et sur les points les plus essentiels de la Grammaire de notre ancienne Langue. "

Nous publierons avec le dernier volume de ce Glossaire, les manuscrits de LA CURNE DE SAINTE PALAYE, concernant la Langue Française, que nos recherches nous auront fait découvrir. Nous recevrons, avec reconnaissance, les communications qui nous seront faites à ce sujet. C’est dans l’intérêt de la science philologique et pour honorer la mémoire de LA CURNE DE SAINTE PALAYE, que nous faisons cet appel. Nous avons la certitude que nous serons entendus et compris.

Des notices historiques et bibliographiques sur LA CURNE DE SAINTE PALAYE et sur son laborieux collaborateur, Jean Mouchet, compléteront cette publication, une des plus importantes de notre époque. L’accueil que le monde savant fait à ce Glossaire, impose des obligations auxquelles ne failliront pas les éditeurs.