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AB — 5 — AB


Aatisson, subst. Effort. Gage, gageure, défi.

Dans le premier sens, ce mot vient d’Aatie, dont on peut voir ci-dessus les diverses acceptions.

Phil. Mouskes, après le récit d’un tournoi, dit, en faisant mention de Robert Crespin qui remporta le prix :

Et si n’avoit gaires apris
D’armes et de cevalerie ;
Mais ses cuers le semont [1] et prie,
Quar de linage [2] et de nature
Li venoit plus qu'en nourreture [3],
S’en fu plus legiers [4] à aprendre,
Quar on peut de legier esprendre [5]
Sans painne et sans aatisson,
I. auques enarsse tisson [6],
Et si dist-on, souvent avient
Que d'aire [7] est li ciens [8] ki devient
Veneres [9] sans aprendeour [10].

Ph. Mousk, MS. p. 449 et 450.

Dans le second sens il s’est formé d’aatir, ci-dessus, pour provoquer, défier, appeler au combat. Atison, dans cette phrase, mettre sa teste en atison, signifie mettre sa tête comme en gage, parier sa tête ou sa vie ; s’offrir au risque de la perdre dans un combat singulier.

Je pourroie bien metre ma teste en atison
Que fere ne peusses aussi grant mes prison [11].

Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 347, R° col. 1.

Nous dirions aujourd’hui : " J’en mettrois ma tête à couper. "

VARIANTES :

AATISSON. Phil. Mouskes, MS. p. 449 et 450. ATISON. Fabl. MSS. du R. n° 7218, fol. 347, R° col. 1.

Abaco, subst. masc. Arithmétique. L’art de calculer. Ce mot se prenoit autrefois dans cette signification " un petit Ecrivain, mais fort subtil mathématicien, qui apprenoit aux enfans à écrire avec l’Abaco, selon qu’on parloit ; c’est-à-dire avec l’arithmétique, et l’art de calculer par jettons et par chiffres. " (Voy. Rouillard. Hist. de Melun, p. 607.) On trouve aussi Abaco, pour le titre d’un Livre d’Arithmétique. (Voy. Labbe, Biblioth. des MSS. n° 931, p. 323.) Le mot Abaco étoit proprement un mot italien, formé du mot latin Abacus, usité par les Auteurs de la basse latinité, et dérivé du grec Comptoir. (Voy. Mén. Dict. Étym. au mot Abaco. - Voy. encore dans Hist. Littéraire des RR. PP. Bénédictins, T. XII, Avert. pp. XX et XXI, à l’art. Bernelin, disciple de Gerbert, un détail curieux sur le Traité que Bernelin avoit composé sous le titre Liber Abaci (l’Abaque), sujet trèsdifficile selon lui, et sur lequel on avoit presque aucune lumière avant que son Maître Gerbert eut commencé de l’éclaircir.)

Abacteurs, subst. masc. plur. Ravisseurs.

En Latin abactores, abigei, ceux qui détournent, ou enlèvent les esclaves, les bestiaux ou autre chose appartenante à autrui. (Voy. Bouteiller, Somme Rurale, p. 248 ; et Du Cange, Gloss. Lat. au mot Abactor et Abigeus.)

Abaeuz, adj. plur. Vacans.

Ce mot a cette signification dans l’expression biens abaeuz ; peut-être au lieu de biens abattus, dans le même sens qu’on disoit en Latin, hereditas jacens, et que l’on dit encore en termes de Palais, succession jacente. Ce sont les biens vacans, ou les biens de ceux qui meurent sans laisser des héritiers qui doivent ou qui veuillent leur succéder. (Laurière, Gloss. du Droit françois, qui cite la très anc. Cout. de Poitou.)

Abai, subst. masc. Aboiement. Cri des mourans.

On a dit, dans le premier sens, Abai de chiens. (Voy. Anc. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1651.)

Dans le second sens on disoit à l’abay, comme nous disons aux abois, à l’agonie, à la dernière extrémité. (Borel, Dict.) C’est dans ce même sens qu’on nomme à Reims Abbé-mort, la cloche que l’on sonne pour les agonisans. (Voyez le Rec. des Préfaces du P. Mabillon, p. 149.) C’est enfin par une extension de cette acception que l’on a dit " tenir en aboy " pour faire languir. (Voyez Villon, Dialogue de Mallepaye, p. 51.)

VARIANTES :

ABAI. Monet, Dict. - Eust. des Ch. Poës. MSS. f° 354, col. 4. ABAY. Nicot et Robert-Est. Dictionn. ABBAIS. Cotgrave, Dict. ABBAY. Borel, Dict. - Crétin, p. 114. - Apol. pour Hérod. page 338. ABBÉ. Mabill. Rec. de ses Préf. p. 149. ABOY. Villon, Dialog. de Mallepaye, p. 51.

Abaier, verbe. Abboyer. Estre aux abois. Aspirer. Ce mot subsiste au premier sens avec fort peu de changement, et il exprime alors le cri du chien. C’est le sens propre.

Il semble qu’on ait pris le mot abaier pour désigner le cri du mouton dans un endroit de la Farce de Pathelin, p. 104. Le Berger disant toujours bée, le Drapier lui répond :

Je te prie, sans plus m’abayer, Que tu penses de moy payer : Je ne veux plus de baverie.

Mais il ne faut pas, de l’emploi des mots chez nos anciens Poëtes, en tirer trop rigoureusement des conséquences sur leur signification : la rime les leur faisoit quelquefois employer dans des sens très étrangers à l’acception reçue.

On trouve dans Brantôme, Cap. franc. t. I, p. 371, " abboyer à la mort " pour signifier être aux abois, rendre les derniers soupirs.

C’est dans un sens figuré et propre tout à la fois, qu’il est employé dans le passage suivant : " Cette ville de Turin sur laquelle ils abbayent comme le chien après le cerf. " (Mém. de du Bellay, fol. 281, V°.)

  1. (1) Son cœur l’invite.
  2. (2) parenté.
  3. (3) éducation.
  4. (4) prompt, aisé, facile.
  5. (5) aisément enflammer.
  6. (6) tant soit peu allumé.
  7. (7) de race de bon ordre.
  8. (8) le chien.
  9. (9) veneur, chasseur.
  10. (10) maistre qui l’instruise.
  11. (11) faute.