Page:Lavignac - Le Voyage artistique à Bayreuth, éd7.djvu/83

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essayer d’embellir la méchanceté des hommes à ce point de vue. ») Des mesures d’économie indispensables lui firent renoncer à cette installation ; il alla demander asile à ses amis de Zurich, avec l’intention de terminer là ses Maîtres Chanteurs.

Quant à la Tétralogie, il avait à cette époque abandonné totalement l’espoir de la faire jamais représenter (il lui eût fallu pour cela le théâtre idéal que ses rêves avaient conçu depuis longtemps, mais qu’il ne croyait pas devoir jamais exister), et en avait publié le poème, dès 1853, comme œuvre littéraire, sans plus s’occuper d’en compléter la musique.

C’est en 1864, alors qu’abreuvé d’amertumes de toutes sortes il était arrivé au summum du découragement et ne se sentait plus la force de lutter, qu’intervint dans sa vie cette protection inouïe, inespérée, qui, changeant d’un coup de baguette la face de sa destinée, lui permit de prendre un nouvel essor, délivré désormais de toutes les entraves misérables où s’était débattu si longtemps son génie.

Le jeune roi Louis II de Bavière, devenu souverain à dix-neuf ans par la mort de son oncle Maximilien II, admirateur ardent, passionné, du Maître, dont les œuvres avaient été ses seules éducatrices, s’empressa, quinze jours après son avènement, d’appeler auprès de lui le grand artiste pour le mettre à même, écartant de son chemin toutes les difficultés matérielles et mesquines, de terminer ses Nibelungs abandonnés et de faire représenter magnifiquement ses autres œuvres.

Voici en quels termes il racontait cet événement le jour même, 4 mai 1864, à son amie de Zurich Mme Wille : « Vous savez que le jeune roi de Bavière m’a fait chercher ; je lui ai été présenté aujourd’hui. Il est malheureu-