Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/251

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AUGUSTE BARBIER.

les paysages empruntés à l’Italie en reproduisent avec ampleur les nobles horizons et la chaude lumière. Il voit les choses par les masses plus que par les détails, mais il les voit bien. Malgré le singulier parti pris qui assigne aux Iambes le premier rang parmi ses compositions, et malgré le mérite incontestable de ces vigureuses poésies, Il Pianto restera, nous n’en doutons pas, son plus haut titre de gloire. C’est là qu’il a renfermé les meilleurs, les plus magnifiques vers qu’il ait dus à son amour passionné et désintéressé du beau.

Leconte de Lisle





L’IDOLE




Ô Corse à cheveux plats ! que ta France était belle
          Au grand soleil de messidor !
C’était une cavale indomptable et rebelle,
          Sans freins d’acier ni rênes d’or ;
Une jument sauvage à la croupe rustique,
          Fumante encor du sang des rois,
Mais fière, et d’un pied fort heurtant le sol antique,
          Libre pour la première fois.
Jamais aucune main n’avait passé sur elle
          Pour la flétrir et l’outrager ;
Jamais ses larges flancs n’avaient porté la selle
          Et le harnais de l’étranger ;
Tout son poil était vierge, et, belle vagabonde,
          L’œil haut, la croupe en mouvement,
Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde
          Du bruit de son hennissement.
Tu parus, et sitôt que tu vis son allure,
          Ses reins si souples et dispos,
Centaure impétueux, tu pris sa chevelure.
          Tu montas botté sur son dos.