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LIVRE PREMIER

La mine fait des monts éclater les entrailles ;
Le fer dans le brasier blanchit ; le métal bout ;
La dureté de l’or mollit et se dissout ;
La glace de l’airain s’étale en nappe ardente ;
Lorsque s’emplit la coupe entre nos mains pendante,
Nous sentons à la fois et monter la liqueur
Et l’argent s’imprégner de froid ou de chaleur.
Où donc est dans les corps cette solide trame ?
500À défaut du regard la raison la proclame.
Écoute, et quelques vers te feront concevoir
L’éternité de corps que tu ne peux pas voir
Et la solidité des atomes, semence
De tout ce qui se meut dans la nature immense.

Puisque deux éléments absolument divers
De leur double principe ont formé l’univers,
Il faut que chacun d’eux, irréductible essence,
Existe en soi, par soi, de sa pleine puissance.
Nous savons que le vide est l’espace vacant ;
Il s’ensuit que tout corps de ce vide est absent ;
Et tout corps à son tour doit exclure le vide.
L’atome est en lui-même immuable et solide.
Le vide étant un point nécessaire, avéré,
Ne faut-il pas qu’il soit de matière entouré ?
Car comment les objets contiendraient-ils du vide,
S’ils ne le renfermaient dans un réseau solide ?
Qu’est-ce que ce contour, ce lien, ce tissu ?
Un groupe de substance. À présent, conçois-tu
Qu’aux corps désagrégés survive la matière
520Et que dans son atome elle demeure entière ?