Page:Luzel - Contes bretons, Clairet, 1870.djvu/67

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LE FILLEUL DE LA STE-VIERGE.
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Un fermier breton allait, un jour, payer son seigneur. Comme il se dirigeait vers le noble manoir, tout joyeux d’avoir ses cent écus dans sa poche, et songeant au bon dîner qui l’attendait, après les écus livrés, — des voleurs sortirent tout-à-coup d’un bois, au bord de la route, le renversèrent à terre et lui enlevèrent son argent. — Il se désolait et se lamentait, quand vint à passer un seigneur inconnu et d’un aspect étrange qui lui dit :

— Qu’avez-vous pour vous désoler de la sorte, mon brave homme ?

— Hélas ! monseigneur, je suis ruiné, un homme perdu !

— Et pourquoi cela ?

— J’allais payer ma Saint-Michel, au manoir que vous voyez là bas, et je ne songeais point à mal, quand des voleurs sont sortis tout-à-coup de ce bois et, me jetant à terre, m’ont enlevé les cent écus que j’ai eu tant de peine à ramasser, et que je portais dans une bourse de cuir. Je suis un homme perdu. Mon seigneur va vendre tout ce que je possède, et je serai réduit à mendier de porte en porte, avec ma femme.

— Allons ! ne vous désolez pas tant, car tout peut encore s’arranger. Promettez-moi de me livrer, dans