Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/16

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À peine fut-il avec moi que cinq ou six chacals vinrent se jeter entre lui et moi. Le vent pestilentiel de la calomnie commença à souffler entre nous. J’avais eu un mal affreux pour constituer le Palais ; il avait fallu tenir tête aux réunions d’actionnaires les plus orageuses ; c’était à qui déferait, casserait, pulvériserait ce malheureux journal fondé dans l’intérêt exclusif de la vérité et où je tenais la porte ouverte à tout le monde.

La ligue des démolisseurs, des casseurs circonvint Laferrière et à la tête de la ligue se trouva M. Grévy, voici comme :




Dans les deux derniers mois de la fondation du Palais, en juin 1869, commençait à s’ouvrir la période préparatoire pour les élections générales. Mon intention était de me présenter dans le Jura, et j’en avais fait part à M. Grévy qui n’avait pu trouver que très-légitime le désir de poser ma candidature dans le Jura ; car j’y étais après lui un des hommes en vue dans les rangs de l’opposition.

Il fallait ou renoncer à cette candidature ou abandonner momentanément la direction du Palais pour aller explorer le département.

C’est ce que je fis, en chargeant Laferrière de me remplacer. Mon départ pour le Jura m’avait été conseillé par M. Grévy lui-même qui m’avait non pas promis son patronage (car je n’admets pas le système du patronage en matière de candidature), mais son appui bienveillant dans le cas seulement où ni M. Tamisier, ni M. Vallette ne se présenteraient. « Je ne veux pas être le grand électeur » dans le Jura me dit en propres termes M. Grévy, voyez vos amis de là-bas, tâtez le terrain. Si vous êtes appuyé, et vous avez besoin de l’être en dehors de moi pour que votre candidature soit sérieuse, vous aurez toutes mes sympathies.

Cependant des amis de M. Grévy qui étaient aussi les miens, mais qui penchaient avec préférence de mon côté m’écrivaient : « Défiez-vous ; non-seulement M. Grévy ne vous appuiera pas, mais il vous attaquera ou plutôt vous fera attaquer. Il ne vous aime pas. Dernièrement il a passé par ici ; on lui parla de vous, il répondit qu’il ne vous connaissait pas, même de nom. »

Je ne crus pas un mot de cet avertissement ; car je ne me détache pas facilement des hommes en qui j’ai une fois pris confiance. Cependant, et par acquit de conscience, je voulus le revoir avant de partir, et avec cette rectitude bête que j’ai toujours apportée dans les actes de ma vie, je lui répétai le propos, sans lui en dire la source bien entendu.

« Que voulez-vous que je réponde à de pareilles choses ? » me dit-il