Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/21

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beau parleur, candidat purement parlementaire, ayant l’appui de la gauche ouverte entretenait des bandes d’applaudisseurs.

J’avais encore contre moi l’élément Gambetta, lequel Gambetta j’avais vu débuter au Palais et qui ne prévoyait guère à cette époque qu’il me distancerait. Mais je ne lui envie pas sa facile renommée non plus que celle de M. Ferry et je dirai plus tard qui a fabriqué tous ces hommes d’État de rencontre, ces hercules en baudruche qui se sont donnés les gants de me mépriser parce que je n’étais pas riche et que je n’étais pas faiseur.

Quand je me présentais dans une réunion publique électorale voici ce qui arrivait : d’abord je n’avais pas de claque, ensuite j’étais broyé entre cinq ou six comités, le comité de M. Laurier, le comité de M. Rochefort, celui de M. Gambetta. Cris, tempête, fureur dès que j’apparaissais à la tribune ; car dans la démocratie que nous ont faite les mœurs de l’empire, le premier devoir des démocrates est de démolir ses rivaux.

C’était moi cependant qui, avec le concours de M. Debeaumont, avais organisé à Belleville le premier comité électoral, et il fut un moment où grâce à mon activité je commençais à tenir solidement quelques-uns des fils de la 1re circonscription. J’aurais fini par tirer un peu de la couverture de mon côté, malgré Vermorel, Gaillard et autres auxquels je n’en veux nullement, je m’empresse ici de le leur dire.

Mais un beau jour, c’était au mois d’octobre 1869, en courant après un omnibus qui devait me mener à Belleville, je glissai sur l’escalier des Grands-Augustins et fis une chute terrible sur une partie qu’on ne nomme pas.

Un mois au lit, — je disparais des réunions, on n’entend plus parler de moi, et je ne puis obtenir d’un seul journal qu’on indique au moins que la maladie est la seule cause de mon éclipse momentanée. Je m’expliquerai dans un instant sur cette attitude des journaux à mon égard.

Cette chute détermina chez moi des accidents nerveux assez inquiétants, et pour comble de chance je fus repris par le rhumatisme sciatique que j’avais gagné à Sainte-Pélagie. Total, huit mois de perdus dans un état de santé si chancelant, qu’au moment de la Révolution du 4 septembre j’étais cloué sur mon dos dans une maison de santé.

On peut penser que sans cela j’eusse été des envahisseurs de la Chambre, non comme à l’Hôtel-de-Ville, où je ne suis entré le 31 octobre qu’avec la permission et sur le désir de M. Jules Simon ; mais de vive force et s’il l’eût fallu les armes à la main ; car malgré l’opinion de MM. Gambetta et Ferry, on ne pouvait en finir que par un mouvement populaire.