Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/27

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« Ledit (Maurice Joly) prévenu de s’être rendu coupable des crimes suivants :

1° D’attentat dans le but d’exciter à la guerre civile en armant ou en portant les citoyens à s’armer les uns contre les autres, art. 91 du Code pénal ;

2° De séquestration arbitraire dans les termes de l’art. 341 du Code pénal ;

3° Du délit de menaces sous condition prévu et puni par l’art. 307 du Code pénal. »

Cette dénaturation des faits est digne de l’inquisition ; c’est un acte de machiavélisme avouable par Bonaparte. Bravo, M. Ferry ! faire arrêter, et, s’il se peut, fusiller un homme pour assouvir une haine imbécille ; voilà en quoi consiste le talent du zélateur d’Ollivier devenu républicain par la grâce de Dieu !

Heureusement je n’ai plus à parler de cet homme.




J’arrive à la dernière partie de ma tâche, et c’est certainement la plus difficile.

J’ai dit en quelques mots quelle avait été ma vie, il faut maintenant que l’on sache ce que je représente comme idée, et comment il se fait qu’après tant de luttes, tant de travaux, après une existence qui défie le soupçon le plus jaloux, les portes de la vie politique m’aient été si longtemps fermées.

À mes débuts dans la carrière d’écrivain, j’ai eu le malheur d’attaquer deux ou trois journaux. Je me suis cabré à plusieurs reprises contre cette presse féodale et monopolisée que l’empire avait créée pour louer ses partisans et égorger ses ennemis.

La presse de l’empire m’a enveloppé de sa haine, elle m’a enterré tout vivant et recouvert d’une pierre que mes efforts désespérés soulevaient à peine de temps en temps.

Au milieu de cette cohue de célébrités faciles, improvisées le verre en main, je n’ai jamais reçu de la presse un éloge ; à peine ai-je recueilli une mention.

Allez donc lutter contre la coalition du silence, et la coalition y était ; si les journaux parlaient de moi, par hasard, c’était avec une sorte de dédain insultant, et pour dénaturer tout ce que j’avais pu dire, faire ou écrire.

Avais-je publié un livre, une brochure, quelques lignes sèches et malveillantes ne parlaient de la chose que pour mémoire ; ou bien on extrayait de l’ouvrage un alinéa, un passage pour établir que