Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/30

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Je n’ai pu vous le dire qu’après une Révolution, parce que la Révolution seule nous a rendu la liberté.




Ce que je suis comme idée, comme programme politique, je le dis à présent pour conclure.

Je n’ai commencé à avoir quelques idées générales en politique qu’à vingt-cinq ans, et de vingt-cinq ans à quarante ans, qui est à peu près mon âge actuel, il s’est fait dans mon esprit une seule évolution générale.

Élevé par une mère catholique et douée d’une âme incomparable, je ne me suis détaché du catholicisme que par l’étude de la philosophie ; l’inverse n’est pas sans exemple, mais c’est de ma profession de foi qu’il s’agit et non de celle des autres.

Dans le fond de ma conscience d’homme arrivé à la plus complète maturité de son intelligence, je prononce que le catholicisme est un mal que la société française a besoin d’éliminer pour refaire ses mœurs que le catholicisme a empreintes d’un sceau monarchique indélébile.

J’appelle de mes vœux le schisme qui a sauvé l’Angleterre, fait la grande Amérique et constitué la dignité de tous les pays libres.

Point de rapport de l’État avec aucun culte, telle est ma formule en cette matière. Tout ce que je dirais de plus à cet égard ne serait que de l’amplification et des développements de principes.

Le socialisme me paraît une des formes de la vie nouvelle des peuples émancipés des traditions du vieux monde. J’accepte un grand nombre de solutions indiquées par le socialisme.

Mais je fais à cela plusieurs réserves : d’abord le mot ne me plait pas parce qu’il est vague et qu’il est important pour un peuple qui veut se régénérer de s’attacher aux choses et non aux mots, à moins que les mots ne désignent des idées parfaitement claires.

Ainsi, je réponds nettement, franchement, sans ambages, je repousse le communisme comme agent social ou institution politique. Je le repousse, et ce faisant, on voit que je ne trompe pas mon monde, comme certains candidats qui bénéficient de leur silence avec tous les partis extrêmes [1].

Je suis révolutionnaire ; mais entendons-nous. Dire qu’on sera révolutionnaire à perpétuité serait une bêtise, mais n’être pas révolutionnaire quand on est en révolution c’est une autre bêtise.

  1. Le communisme n’est qu’une école socialiste. On peut se dire socialiste sans être communiste, de même qu’on peut se dire, chrétien, protestant, déiste, sans être catholique.