Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/7

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dans une institution pour me procurer les économies nécessaires afin de passer ma thèse de licence [1].

J’avais vingt-sept ans alors, j’avais fini par me révéler un peu à moi-même, par vaincre une partie de ma timidité, et, dans l’année qui précéda ma sortie du ministère, concurremment avec mon droit, je fis successivement deux choses :

Un cours d’art théâtral et de littérature dramatique pendant six mois, aux cercles des Sociétés savantes, quai Malaquais, 3, cours que je n’ai jamais eu le temps de publier.

Ensuite, pendant six autres mois, un cours d’économie politique, qui est peut-être la chose la plus difficile, la plus laborieuse que j’aie faite dans ma vie, mais sur laquelle je ne puis m’étendre. La première partie de ce cours a été publiée. Il s’y attachait une combinaison industrielle qui me mit à l’aise pendant quelques mois.

Mais dans un ministère, sous l’Empire du moins, quand un employé paraissait avoir quelque valeur, on ne pouvait pas le tolérer dans les bureaux. Mon économie politique déplut ; on m’invita à cesser ce genre de travail pour me renfermer dans mes occupations autrement sérieuses d’expéditionnaire. Un homme vil dont je veux bien taire le nom, M. de C*** [2], me traita avec insolence ; je lui jetai ma démission à la figure.

Je voulus ensuite la reprendre, mais il me fit révoquer pour insubordination, et je me retrouvai de nouveau sans ressources, car le vent n’était pas alors aux conférences, et j’avais dû cesser mes cours sans atteindre le résultat matériel sur lequel j’avais un instant compté.




L’année 1860 commençait ; je savais alors ce que je pouvais attendre de ma puissance de travail et de ma volonté. J’entrai au barreau, j’y plaidai, j’y réussis passablement. M. Jules Favre, le même qui me tient en prison en ce moment, était alors bâtonnier. Il avait entendu parler de moi ; il se montra bienveillant pour un stagiaire encore peu connu et assez désorienté.

J’avais d’ailleurs retrouvé au barreau un compatriote que je connais-

  1. J’avais obtenu un congé sous prétexte d’aller dans ma famille, et je professais la géographie à l’École supérieure du commerce, tenue à cette époque par M. Gervais de Caen, qui voulut bien me complimenter de la manière dont « je tenais » ses élèves, quoique ce n’eût jamais été mon état.
  2. Bonapartiste éhonté ; je pense qu’on l’a chassé ou qu’on le chassera de l’administration.