Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/11

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mieux armée et plus active, suspendait, sur eux, une perpétuelle menace d’agression.

La Roumanie, alliée à la dynastie prussienne des Hohenzollern, ne s’est pas sentie atteinte immédiatement, non plus que la Bulgarie, dont le prince a profité de l’annexion de la Bosnie pour se proclamer tsar, non plus que la Grèce isolée dans le sud, hors de la portée directe de l’Autriche-Hongrie. Mais au fur et à mesure que se préciseront les progrès de la grande Puissance Danubienne, inévitables désormais, elles seront appelées, elles aussi, à envisager une concentration de leurs forces et à imiter l’exemple que leur offrent, quant à présent, la Serbie, le Monténégro et la Turquie. Je sais bien que ni la Roumanie, ni la Grèce ne sont slaves, et que la Bulgarie contient des éléments ethniques mêlés, mais en dépit de la différence des races, une heure viendra où toutes ces puissances de second et de troisième plan, pour faire face à l’adversaire commun, devront se concerter.

L’Autriche-Hongrie, sur ses 625.000 kilomètres carrés, abrite 45 millions d’hommes. Or, la Roumanie, avec 131.000 kilomètres carrés, possède 6 millions d’habitants ; la Bulgarie, sur 95.000 kilomètres carrés, 4 millions d’habitants ; la Serbie, sur 48.000 kilomètres carrés, 2.800.000 habitants ; la Turquie, sur 1.900.000 kilomètres carrés, 24 millions d’habitants ; la Grèce, sur 65.000 kilomètres carrés, 2.400.000 habitants.

La confédération générale des Balkans apparaît encore à L’état théorique ; l’alliance serbo-turco-monténégrine est une réalité : des accords verbaux, sinon écrits, ont été passés, et si une guerre éclatait, les trois États coalisés pourraient vigoureusement résister, en s’aidant de la protection naturelle du terrain.

On comprend au surplus l’excitation des Turcs, auxquels M. d’Æhrenthal a enlevé brusquement leur suzeraineté nominale sur la Bosnie-Herzégovine, — sans consulter les préférences des populations, et comme pour punir l’Empire ottoman de s’être doté d’une constitution libérale. On conçoit l’irritation des Slaves du Sud, déjà écrasés par la tutelle austro-hongroise, contrôlés jalousement, avertis, à chaque instant, avec brutalité, et qui se voient privés de tout espoir d’avenir, frustrés de toute illusion d’indépendance véritable. Si le cabinet de Vienne avait supposé éviter cette crise, il se méprenait étran-­