Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/141

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Voici ce que pense de la réforme de l’orthographe la Bibliogra­phie de la France, organe des éditeurs, libraires et imprimeurs :

Nous ne chercherons pas à défendre ici les bizarreries de notre ortho­graphe, nous ne nous occuperons ni de linguistique, ni d’étymologie et nous ne donnerons aucun exemple. Si nous voulons examiner la question, c’est au point de vue pratique, le seul auquel doivent se placer tous les indus­triels qui vivent du livre.

Ce projet nouveau de M. Doumergue, ministre de l ’instruction publique, « qui supprime quelques-unes des plus flagrantes anomalies et qui aura pour conséquence d’autoriser dans les examens une plus large tolérance », sera sans doute une application mitigée du système dont on nous a déjà menacés. Ce serait le système Brunot adouci.

Une nouvelle orthographe serait imposée aux élèves des écoles primaires, à partir du i* r octobre 1909 par exemple, et seulement pour les nouveaux, de façon à ne pas troubler les anciens.

Dès lors, les éditeurs devraient avoir des livres classiques de deux es­pèces, les uns avec l ’orthographe ancienne, les autres avec l’orthographe nouvelle.

Heureux serons-nous, si les autorités, séduites par l a simplicité appa­rente du procédé, ne se trouvent pas entraînées à améliorer un peu plus l’orthographe à chaque rentrée scolaire, toujours pour les nouveaux bien entendu, mais de telle manière que, la « mode orthographique » succédant à la règle fixe, les éditeurs devraient faire des livres classiques qui au­raient autant d’éditions différentes que la langue aurait subi de prétendues améliorations d’année en année.

Si l’on tient compte des autres arguments que nous avons déjà fournis, des désaccords perpétuels et souvent violents entre réformistes, des revire­ments qu’entraînerait la poussée de l’opinion, et de l ’instabilité ministérielle, on devine à quel gâchis pourrait se trouver livré l ’ enseignement de la lan­gue française dans les écoles primaires et dans les lycées 1 Au point de vue des imprimeurs, la question se pose d’une manière bien plus catégorique. Par la nécessité de se fixer à eux-mêmes une régie com­mune, ils ont été amenés à suivre le dictionnaire de l’Académie. S’ils sont obligés de s’écarter de ce modèle unique pour avoir, selon le cas, à impri­mer d’après deux ou trois orthographes différentes, on aboutira à un désordre complet.

Comme le dit M. Albert Dauzat, dans son très remarquable ouvrage la Langue française d’aujourd’hui, publié par la librairie Armand Colin : « Proclamer la liberté de l ’orthographe est une chimère, la fixité de l’ortho­graphe, pour une époque donnée, est d’ une utilité évidente, je dirai même de nécessité sociale : on ne peut nier que l’unité des signes d’impression s’impose, pour une langue, de façon absolue. Quoi qu’on fasse, les jour­naux et les livres, à part d’infimes exceptions, auront toujours une ortho­graphe unique, sur laquelle le public prendra modèle. »

Comment réaliser cette orthographe unique sous une forme simplifiée?

Nous ne voyons que deux solutions :

1o La mauvaise, celle de M. Brunot, c à la manière forte », par voie