Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/20

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’efforçant de suivre une conversation en même temps qu’il écrivait sur un sujet totalement différent.

L’année universitaire se termina le 15 décembre 1826, et, après avoir dit adieu à ses nombreux amis, Poe regagna son foyer. La façon dont il y fut reçu peut être contée en quelques mots. Mr Allan fit des difficultés pour payer les prétendues « dettes d’honneur » du jeune homme, dettes contractées pendant un séjour d’un an au milieu de jeunes gens extravagants et riches, et Edgar, dans un accès de révolte juvénile, quitta le domicile de ses parents d’adoption.

À Richmond, son camarade préféré était un jeune garçon du même âge, nommé Ebenezer Berling, qui accompagnait le poète dans ses promenades et ses visites et lui servait de confident. Miss Royster, qui le connut bien, me l’a dépeint comme un intelligent adolescent, mais, selon ses idées quel­que peu puritaines, il lui paraissait avoir du penchant à la dissipation. Après sa rupture avec Mr Allan, Poe décida de partir pour la Grèce où il offrirait ses services contre les Turcs, Fils unique d’une mère veuve, Berling accepta de se joindre à son ami, mais au dernier moment il céda aux instances ma­ternelles et reprit sa promesse. Il était, apparemment, de santé délicate, et il mourut peu après. Du reste, la paix étant intervenue, Poe n’eut plus, lui aussi, qu’à renoncer à son projet.

Ce ne fut qu’à son retour de l’Université que Poe apprit le mariage de sa bien-aimée et sut la raison pour laquelle ses appels passionnés étaient restés sans réponse. Au lieu de se laisser mourir de la blessure de son cœur, il embauma le sou­venir de son premier amour en des poèmes mélancoliques, et quand, au cours de ses vagabondages, il visita sa ville natale, Boston, il réunit ses compositions et les publia en un petit recueil : Tamerlane and other Poems, ornant la page de titre de cette épigraphe significative, empruntée à Cooper :

Young heads are giddy, and yotmg hearts are warm ,
And make mislakes for manhood to reform.

Au début de 1829, Poe fut rappelé à Richmond par la nouvelle de la maladie dangereuse dont souffrait sa mère adoptive. Il arriva trop tard : Mrs Allan était décédée et l’inhuma­tion avait eu lieu. Bien qu’il semble avoir alors perdu le peu