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AKI

original dans lequel le savant orientaliste a puisé lui-même Kitab el Agharsi. H. D-z.


AKIBA, rabbin, né dans le 1er siècle de J.-c., fut simple berger au service d’un riche habitant de Jérusalem, jusqu’à l’âge de quarante ans ; il devint épris de la fille de son maître, qui lui promit de la lui faire épouser, s’il devenait savant : l’amour fit une espèce de prodige ; en peu d’années, Akiba sut acquérir de si vastes connaissances, que son école, placée d’abord à Lydda, puis à Jafna, renfermait un grand nombre de disciples. Il ne faut cependant pas croire les juifs, lorsqu’ils assurent que ces disciples n’étaient pas moins de 24,000, ni lorsqu’ils ajoutent que tous moururent presque en même temps, et furent ensevelis à Tibériade, au pied d’une montagne, avec Akiba et sa femme. Akiba fut un des principaux compilateurs des traditions juives, auxquelles il ajouta beaucoup de préceptes de sa propre invention ; la plupart étaient ridicules, et s’étendaient quelquefois jusqu’aux actions les plus viles. Cependant, les compatriotes de ce rabbin avaient pour lui une si grande vénération, qu’ils le regardaient comme instruit immédiatement par Dieu lui-même, et affirmaient qu’il lui avait été révélé des choses qui n’avaient pas été révélées à Moïse. Ils affirmaient encore qu’il savait soixante-dix langues. Dans un âge avancé, Akiba embrassa le parti du chef des révoltés Barcochebas, et le seconda dans la prétention qu’il avait de se faire passer pour le Messie. Il soutint que les mots de Balaam : « Une étoile sortira de Jacob, » ne pouvaient concerner que lui. Akiba fit plus encore, il versa sur sa tête l’huile sainte, comme Samuel l’avait versée sur celle de Saul, et le suivit en qualité d’écuyer. Les troupes de l’empereur Adrien finirent par avoir l’avantage ; les restes de l’armée du prétendu Messie furent faits prisonniers dans la forteresse de Bitter, et Akiba fut jeté dans un cachot. On rapporte que pendant sa captivité, lorsqu’il était près de mourir de soif, il aima mieux se servir d’une petite portion d’eau pour laver ses mains, selon la loi rabbinique, que de la boire. Il fut écorché vif, avec son fils Pappus, Vers l’an 155. On prétend qu’il était alors âgé de 120 ans. Les juifs rendirent de grands honneurs à sa mémoire, et visitèrent solennellement sa tombe. On dit que ce rabbin altéra le texte de la Bible, dans ce qui concerne l’âge auquel les patriarches commencèrent à avoir des enfants, âge qui est plus avancé chez les Septante que dans le texte hébreux. Akiba prit ce parti pour faire croire que l’époque de la venue du Messie n’était pas encore arrivée, parce que, selon la tradition des juifs, le Messie ne devait paraître qu’après six mille ans accomplis. Le plus célèbre des livres dont les juifs regardent Akiba comme l’auteur est intitulé : Ietsirah, ou de la Création. Le docteur de Rossi en parle ainsi : « C’est un ouvrage cabalistique très-antique et très-célèbre ; quelques-uns l’attribuent à Akiha, d’autres à un écrivain antérieur au Talmud, dans lequel il en est fait mention. Le titre annonce qu’il est aussi attribué à Abraham, et il se trouve quelques juifs qui ont le courage d’en regarder ce patriarche comme l’auteur ; mais sans aucun fondement, etc. » Ce livre fut imprimé pour la première fois à Paris, en 1552, traduit en latin, par Postel, avec des notes ; à Mantoue, en 1562, avec cinq commentaires ; à Bâle, in-fol., avec quelques autres livres juifs, en 1587. Rittangel, juif converti, professeur à Kœnisberg, en donna, en 1642, une traduction latine avec des notes et les commentaires d’Abr, ben Dior. D-t.


AKIMOFF, peintre russe, ayant manifesté dès sa première jeunesse d’heureuses dispositions pour les beaux-arts, voyagea en Allemagne, en France et en Italie, afin d’y perfectionner son talent. Ce fut surtout son séjour à Rome, puis à Florence et à Bologne, qui concourut à former et à épurer son goût par l’étude des compositions des grands maîtres. Le mérite qu’il avait d’enseigner le dessin de la manière la plus ingénieuse, l’avantage d’être le premier indigène qui eût utilement cultivé les beaux-arts, ce ton de politesse qu’il avait puisé dans la fréquentation de la haute société, lui valurent l’honneur d’être choisi pour donner des leçons de dessin aux jeunes grands-ducs et grandes-duchesses, et l’élevèrent au rang d’adjoint et de recteur de l’académie de St-Pétersboug. Il obtint aussi le titre de conseiller d’État, et fut décoré de l’ordre de St-Wladimir. Plusieurs tableaux de saints, peints par cet artiste, pour la nouvelle église de St-Alexandre-Newski, ne manquent ni de goût ni d’esprit, et ils mériteront toujours les éloges des amateurs. Akimoff parlait élégamment le russe, le français et l’italien, et il dissertait sur les beaux-arts avec autant d’intelligence que d’inspiration. Il est mort à St-Pétersbourg, le 15 mai 48H. Z.


AKOUI, général tatar, et premier ministre à la cour de Pékin, sous le règne de l’empereur Kien-long. Quoique sorti d’une famille distinguée parmi les Tatars Mantchoux, il dut à son seul mérite toute sa fortune. Il employa les premières années de sa jeunesse à l’étude des sciences chinoises, et y fit de rapides progrès. Après la mort de son père, il vécut longtemps à Pékin, obscur, confondu dans la foule, et paraissant n’avoir d’autre ambition que celle de cultiver les lettres. Un hasard heureux lui procura l’occasion d’approcher du comte-ministre, avec lequel il eut à traiter d’une affaire délicate et compliquée : la clarté, la précision et la justesse de sens qu’il mit dans cette discussion frappèrent le ministre d’étonnement, et lui firent naître l’idée de l’employer. Lorsque la guerre éclata contre les Eleuths, en 1757, il l’envoya servir dans l’armée chinoise, avec l’ordre secret de ne laisser échapper aucune occasion de l’instruire de l’état des affaires dans le lieu où il se trouverait. Akoui s’acquitta de sa commission avec autant de zèle que d’esprit et d’intelligence, et le ministre, de son côté, instruisait régulièrement l’empereur, sans lui laisser ignorer le nom de l’officier dont il tenait de si exactes relations. L’empereur n’oublia pas Akoui, et l’employa honorablement dans les guerres qui succédèrent, guerres dans le cours desquelles Akoui continua de donner des preuves éclatantes d’activité, de prudence et de