Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/190

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Mais, comme l’on m’a dit que vous étiez ici,
J’ai monté pour vous dire, et d’un cœur véritable,
Que j’ai conçu pour vous une estime incroyable,
255Et que, depuis longtemps, cette estime m’a mis
Dans un ardent désir d’être de vos amis.
Oui, mon cœur au mérite aime à rendre justice,
Et je brûle qu’un nœud d’amitié nous unisse.
Je crois qu’un ami chaud, et de ma qualité,
260N’est pas assurément pour être rejeté.
Pendant le discours d’Oronte, Alceste est rêveur, et semble ne pas entendre que c’est à lui qu'on parle. Il ne sort de sa rêverie que quand Oronte lui dit :
C’est à vous, s’il vous plaît, que ce discours s’adresse.


Alceste
À moi, Monsieur ?



Oronte
À moi, Monsieur ? À vous. Trouvez-vous qu’il vous blesse ?



Alceste
Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moi,

Et je n’attendais pas l’honneur que je reçoi.


Oronte
265L’estime où je vous tiens ne doit pas vous surprendre,

Et de tout l’univers vous la pouvez prétendre.


Alceste
Monsieur…



Oronte
Monsieur… L’État n’a rien qui ne soit au-dessous

Du mérite éclatant que l’on découvre en vous.


Alceste
Monsieur…



Oronte
Monsieur… Oui, de ma part, je vous tiens préférable

270À tout ce que j’y vois de plus considérable.


Alceste
Monsieur…



Oronte
Monsieur… Sois-je du ciel écrasé, si je mens !

Et pour vous confirmer ici, mes sentiments,
Souffrez qu’à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasse,
Et qu’en votre amitié je vous demande place.
275Touchez là, s’il vous plaît ! Vous me la promettez,