Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/196

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405Si le roi m’avait donné
Paris, sa grand’ville,
Et qu’il me fallût quitter…
L’amour de ma mie,
Je dirais au roi Henri :
410Reprenez votre Paris,
J’aime mieux ma mie, o gué !
J’aime mieux ma mie.

Voilà ce que peut dire un cœur vraiment épris.
(À Philinte, qui rit.)
Oui, monsieur le rieur, malgré vos beaux esprits,
415J’estime plus cela que la pompe fleurie
De tous ces faux brillants où chacun se récrie.


Oronte
Et moi, je vous soutiens que mes vers sont fort bons.



Alceste
Pour les trouver ainsi, vous avez vos raisons ;

Mais vous trouverez bon que j’en puisse avoir d’autres
420Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres.


Oronte
Il me suffit de voir que d’autres en font cas.



Alceste
C’est qu’ils ont l’art de feindre ; et moi, je ne l’ai pas.



Oronte
Croyez-vous donc avoir tant d’esprit en partage ?



Alceste
Si je louais vos vers, j’en aurais davantage.



Oronte
425Je me passerai fort que vous les approuviez[1].



Alceste
Il faut bien, s’il vous plaît, que vous vous en passiez.



Oronte
Je voudrais bien, pour voir, que, de votre manière

Vous en composassiez sur la même matière.


Alceste
J’en pourrais, par malheur, faire d’aussi méchants ;

430Mais je me garderais de les montrer aux gens.


Oronte
Vous me parlez bien ferme ; et cette suffisance…
  1. Variante : Je me passerai bien que vous les approuviez.