Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/217

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Elle est impertinente au suprême degré,
Et…



Scène 4

Arsinoé, Célimène, Clitandre, Acaste.




Célimène
Et… Ah ! quel heureux sort en ce lieu vous amène ?

Madame, sans mentir, j’étais de vous en peine.


Arsinoé
875Je viens pour quelque avis que j’ai cru vous devoir.



Célimène
Ah ! mon Dieu, que je suis contente de vous voir !


(Clitandre et Acaste sortent en riant.)



Scène 5

Arsinoé, Célimène.




Arsinoé
Leur départ ne pouvait plus à propos se faire[1].



Célimène
Voulons-nous nous asseoir ?



Arsinoé
Voulons-nous nous asseoir ? Il n’est pas nécessaire

Madame, l’amitié doit surtout éclater
880Aux choses qui le plus nous peuvent importer ;
Et comme il n’en est point de plus grande importance
Que celles de l’honneur et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur,
Témoigner l’amitié que pour vous a mon cœur.
885Hier j’étais chez des gens de vertu singulière,
Où sur vous du discours on tourna la matière ;
Et là, votre conduite avec ses grands éclats,
Madame, eut le malheur qu’on ne la loua pas.
Cette foule de gens dont vous souffrez visite,
890Votre galanterie, et les bruits qu’elle excite,

  1. Arsinoé est la peinture frappante et admirable d’une classe de femme très nombreuse alors. Dans un temps où les tartuffes étaient puissants, les prudes devaient abonder. Il y a bien près de l’hypocrite en religion à l’hypocrite en vertu. Une femme longtemps adonnée aux plaisirs du monde et qui les voyait s’enfuir loin d’elle, pour paraître y renoncer de plein gré, se jetait dans la dévotion, fulminait contre les moindres écarts de celles que son exemple avait naguère entraînées, et semblait frémir à l’idée seule d’étourderies qu’elle ne commettait plus faute de complices.
    (Taschereau.)