Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/216

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Clitandre
Mais, chut. Encore, ici ? L’amour retient nos pas.



Célimène
Je viens d’ouïr entrer un carrosse là-bas

Savez-vous qui c’est ?


Clitandre
Savez-vous qui c’est ? Non.




Scène 3

Célimène, Acaste, Clitandre, Basque.




Basque
Savez-vous qui c’est ? Non. Arsinoé, madame,

850Monte ici pour vous voir.


Célimène
Monte ici, pour vous voir. Que me veut cette femme ?



Basque
Éliante là-bas est à l’entretenir.



Célimène
De quoi s’avise-t-elle, et qui la fait venir ?



Acaste
Pour prude consommée en tous lieux elle passe ;

Et l’ardeur de son zèle…


Célimène
Et l’ardeur de son zèle… Oui, oui, franche grimace.

855Dans l’âme elle est du monde ; et ses soins tentent tout
Pour accrocher quelqu’un sans en venir à bout.
Elle ne saurait voir qu’avec un œil d’envie
Les amants déclarés dont une autre est suivie ;
Et son triste mérite, abandonné de tous,
860Contre le siècle aveugle est toujours en courroux.
Elle tâche à couvrir d’un faux voile de prude
Ce que chez elle on voit d’affreuse solitude ;
Et, pour sauver l’honneur de ses faibles appas,
Elle attache du crime au pouvoir qu’ils n’ont pas.
865Cependant un amant plairait fort à la dame ;
Et même pour Alceste elle a tendresse d’âme.
Ce qu’il me rend de soins outrage ses attraits ;
Elle veut que ce soit un vol que je lui fais ;
Et son jaloux dépit, qu’avec peine, elle cache,
870En tous endroits sous main contre moi se détache.
Enfin je n’ai rien vu de si sot à mon gré ;