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LA PORTE ÉTROITE 155

ce n'est pas difficile à comprendre, pourtant... J'ai vou- lu reparler à Juliette ; aux premiers mots que je lui ai dits, ou plutôt dès qu'elle a commencé à me comprendre, elle s'est levée du canapé où nous étions assis, a répété plusieurs fois : " J'en étais sûre " — du ton d'une per- sonne qui n'en était pas sûre du tout...

— Ah ! ne plaisante donc pas !

— Pourquoi ? Je trouve ça bouffon, cette histoire... Elle s'est élancée dans la chambre de sa soeur. J'ai sur- pris des éclats de voix impétueux qui m'alarmaient. J'espérais revoir Juliette, mais au bout d'un instant c'est Alissa qui est sortie. Elle avait son chapeau sur la tête, a paru gênée de me voir, m'a dit rapidement bonjour en passant... c'est tout.

— Tu n'as pas revu Juliette ? Abel hésita quelque peu :

— Si. Après qu' Alissa fut partie, j'ai poussé la porte de la chambre. Juliette était là, immobile, devant la cheminée, les coudes sur le marbre, le menton dans les mains ; elle se regardait fixement dans la glace. Quand elle m'a entendue, elle ne s'est pas retournée, mais a frappé du pied en criant : " Ah ! laissez-moi ! " d'un ton si dur que je suis reparti sans demander mon reste. Voilà tout.

— Et maintenant r

— Ah ! de t'avoir parlé m'a fait du bien... Et main- tenant ? Eh bien ! tu vas tâcher de guérir Juliette de son amour, car, ou je connais bien mal Alissa, ou elle ne te reviendra pas auparavant.

Nous marchâmes assez longtemps silencieux.

— Rentrons ! dit-il enfin. Les invités sont partis à présent. J'ai peur que mon père ne m'attende.

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