Page:Nerciat - Félicia.djvu/28

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avec transport et s’épousèrent. Il ne manquait plus à leur bonheur que de retrouver le tendre fruit de leur amour. Il avait été conduit dès sa naissance au même hôpital que moi ; mais quand ils vinrent l’y réclamer, il ne vivait plus. Ils me virent par hasard, ma beauté les intéressa. Je leur fis pitié ; ils me demandèrent pour leur tenir lieu de cet enfant, dont la stérilité assurée de la mère rendait la perte irréparable. Je ne tenais à rien, on me relâcha volontiers ; je suivis les nouveaux époux, qui s’attachèrent sincèrement à moi et me devinrent aussi chers que si je leur eusse dû la vie.




CHAPITRE IV


Émigration.


Un artiste dont les talents peuvent supporter le grand jour est déplacé dans une petite ville de province. Un peintre y est l’inférieur non seulement de M. le juge, de M. l’écuyer qui vient y passer ses hivers, mais aussi du petit bourgeois qui vit de son petit revenu, de l’avocat, du notaire, du contrôleur des actes, et même du procureur. Il est rangé, en un mot, à côté du barbouilleur qui met en couleur les portes et les volets des édifices que le maître maçon du lieu fait élever sans goût et à grands frais.

Sylvino (c’est le nom que mon oncle adoptif avait pris en Italie et qu’il eut la singularité de ne point quitter, quoiqu’il fût devenu, par son mariage, seigneur d’une fort belle terre : je dis mon oncle, parce qu’étant déjà grande pour mon âge et Sylvino n’ayant que trente ans, sa femme vingt-quatre, ils trouvèrent que je les vieillissais moins nièce que fille), Sylvino, dis-je, proposa bientôt à sa moitié