Page:Nerciat - Félicia.djvu/37

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courait sans obstacle ce dont jamais encore main d’homme n’avait approché… Je me préparais à quereller ; mais la bouche de l’adroit libertin mura brusquement la mienne… une langue ! un doigt !… L’ivresse d’une sensation inconnue s’empara de tous mes sens… Dieu ! quel instant ! et de quel autre il allait être suivi, si la sonnette de ma tante !… Belval, à l’instant debout et rajusté, fut obligé de me pousser plusieurs fois pour me rappeler à moi-même. Je commençai un menuet ; mais mes jambes tremblaient sous le poids de mon corps abandonné de ses esprits ; un rouge foncé colorait mon visage. Sylvina, qui survint aussitôt, n’aida pas à me calmer ; la contenance du maître n’était pas non plus fort assurée… Ma tante envoya le lendemain chez lui retirer mes billets et le prier de ne plus venir. Nous avions été soupçonnés ; cependant, prudente et n’ayant que des semi-preuves évidentes, ou plus occupée de ses propres affaires que des miennes, Sylvina ne me fit ni reproches ni questions. Elle me donna, quelques jours après, un nouveau maître à danser, mais si laid, si laid, qu’il était pour le coup sans conséquence.




CHAPITRE IX


Peu intéressant, mais qui n’est pas inutile.


Lambert, depuis son expédition, avait ses entrées et Sylvina le voyait tous les jours, mais ce n’était pas, à beaucoup près, avec cette satisfaction que lui causaient les visites du docteur. Cependant ces deux hommes n’étaient pas à comparer. Béatin avait la physionomie d’un prêtre, le maintien, les mouvements embarrassés d’un pédant, vermeil à la vérité, et qui pouvait valoir quelque chose ; mais Lambert était vraiment beau : sa taille, sa jambe, ses traits étaient au mieux, il souriait agréablement, ses yeux pétillaient