Page:Nerciat - Félicia.djvu/49

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le bon esprit d’abhorrer les passions langoureuses, leurs productions et leur langage. Je ne cessais de me retracer mon gentil Belval, allant sensément au fait, et commençant par où les autres me semblaient ne devoir finir d’un siècle. Aussi, les fleurettes n’étaient-elles honorées de ma part d’aucune attention. Quant aux écritures, je les recevais par vanité ; mais, ou je n’y répondais pas, ou, si je prenais cette peine, c’était pour persifler cruellement les nigauds qui les avaient risquées. Cependant, je ne laissais pas de me dire quelquefois : Que me faut-il donc ? Je brûle d’aimer, et je rejette tous les vœux qui me sont offerts ! Je ne compte qu’un seul moment de vrai bonheur, celui où l’entreprenant Belval… Cependant, je ne me sens pas amoureuse de ce petit danseur. — Je m’étais fait une douce habitude du plaisir que son heureuse témérité m’avait fait connaître. Mais dans les moments du plaisir le plus vif, l’image de Belval m’était indifférente ; je ne m’en représentais aucune qui satisfît le désir indéfini de ma voluptueuse imagination.




CHAPITRE XIV


Événement intéressant.


Pendant une nuit brûlante de la canicule il y eut un orage affreux de tonnerre et de grêle. Je n’avais pu fermer l’œil ; l’excès de la chaleur m’avait fait jeter mes couvertures et quitter ma chemise trempée de sueur. Vers le jour, le temps devint calme ; alors je voulus me dédommager de ma mauvaise nuit, et devenue habile dans l’art de me procurer des jouissances, je réitérai plusieurs fois ce délicieux exercice qui charme l’ennui de tant de recluses, qui console