Page:Nerciat - Félicia.djvu/51

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je ne lui sus point mauvais gré. Certain feu brillait dans ses yeux… Ah ! s’il m’eût aussi bien devinée !… Mais il ne hasarda qu’un baiser, un peu libre à la vérité pour un oncle ; je le rendis, je crois, un peu libéralement pour une nièce… Il s’en allait… Il hésita… J’espérais… Il s’en alla tout de bon.




CHAPITRE XV


Où j’avoue des choses dont notre sexe ne convient pas volontiers. Singuliers discours de Sylvino, dont je conseille à bien des femmes de faire leur profit.


Vous me blâmez, lecteurs ; je le mérite peut-être : mais qui de vous ne sait pas que le tempérament et la curiosité sont des ennemis bien dangereux pour l’honneur prétendu des femmes ! Par eux, la plus sage n’est-elle pas quelquefois égarée et jetée dans les bras de l’homme le moins fait pour plaire ?

Combien d’aventures étonnantes dans ce genre que l’on sait ! et combien que l’on ignore ! Quant à moi, je ne me piquais pas de sagesse. Toute à la nature, et brûlant de connaître à fond ses secrets, je n’aurais pu résister aux entreprises de Sylvino ; j’étais, au contraire, fâchée qu’il n’eût rien entrepris ; mais on ne règle pas sa destinée : ce n’était pas à lui qu’il était réservé de me défaire de mon onéreuse virginité.

Peu de jours après notre aventure, Sylvino se rendit aux instances d’un seigneur anglais, grand amateur des arts et son intime ami, qui le pressait de commencer avec lui un voyage de deux ou trois ans, par tous les pays de l’Europe où il pouvait y avoir des objets de curiosité pour des artistes.