Page:Nerciat - Félicia.djvu/63

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Sa commission était faite : il en rendit compte et l’on ne manqua pas de lui en donner une nouvelle, afin de lui prouver combien on était satisfait de la première. On lui prodigua mille louanges délicates sur son talent pour la musique : le maître assurait que nous avions le bonheur de connaître l’un des plus habiles amateurs du royaume. Il ne nous fallut pas d’autres prétextes pour prier notre nouvel ami de nous donner tous les moments dont il pourrait disposer. Ma tante ne se lassait point de nous entendre ; nous, de concerter et de nous donner, dans la parfaite intelligence de notre exécution, une image de celle de nos âmes, qui brûlaient de se confondre bientôt aussi heureusement que nos accords.

D’Aiglemont fut retenu à dîner ; il s’était bien aperçu que ma tante n’avait pas moins de goût pour lui que moi-même ; c’est pourquoi, soit coquetterie, soit adresse, il affecta pendant tout le repas de lui donner une sorte de préférence. Je n’aurais su comment prendre la chose si, de temps en temps, quelques regards dérobés ne m’avaient assurée que tout ce qu’il disait de flatteur à ma rivale n’avait pour objet que de lui faire prendre le change. D’ailleurs j’avais déjà dans ma poche un certain billet, et la possession de cet écrit important me promettait d’avance tout ce que je désirais y trouver à l’ouverture.




CHAPITRE XXI


Arrangements. — Obstacles. — Alarmes.


Nous quittâmes enfin la table ; je courus m’enfermer chez moi. Là, le cœur palpitant, le visage en feu, la main tremblante, je rompis le cachet de la précieuse lettre… Elle con-