Page:Nerciat - Félicia.djvu/65

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que nous trouvassions, au sortir de la loge, une amie qui nous pressa de venir souper chez elle, avec des gens fort du goût de Sylvina. J’aurais volontiers battu la fâcheuse architricline. Nous la suivîmes pourtant. À minuit, nouveau malheur : il fut question de jouer. Ma tante accepta un brelan ; mais moi, tournant à profit une sombre mélancolie, qu’on m’avait reprochée, et la mauvaise mine que j’avais faite au souper, je me plaignis d’un mal de tête si violent que la bonne Sylvina ne joua point et voulut bien me ramener.

J’ai soin en entrant de demander de quoi manger pendant la nuit, dès que ma migraine viendrait à diminuer. On porte dans ma chambre une volaille, du vin, du fruit ! je me fais coiffer pour la nuit, quatre minutes me débarrassent de la femme de chambre ; je suis seule enfin. Je pousse mes verrous et vole à l’armoire… Mais quelle est ma douleur ! Le chevalier évanoui ! d’une pâleur qui pendant un instant me donne l’horreur de le croire sans vie !… Mon cœur se comprime ; deux torrents coulent de mes yeux ! Je presse ce cher amant contre mon sein ; je porte sur son visage le feu du mien et mes larmes… Il revient enfin, reprenant à plusieurs fois une difficile respiration. Ses beaux yeux s’entr’ouvrent faiblement… Il me reconnaît à peine… Où suis-je ? dit-il d’une voix mourante… C’est vous, ajouta-t-il avec passion, c’est vous ! Il me serre à son tour dans ses bras et me couvre des plus ardents baisers. Nous demeurons un instant confondus dans une extase ravissante, inexprimable. Le chevalier sort enfin de son tombeau : l’air, un léger repos et surtout les témoignages passionnés de mon amour achèvent de le ranimer ; de belles roses reparaissent enfin sur son visage à la place des lis mortels que je venais d’y voir avec tant d’effroi.