Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/143

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Troisième lettre

Je suis dans une inquiétude extrême. Depuis quatre jours je ne vous vois pas, ou je ne vous vois qu’avec tout le monde ; j’ai comme un fatal pressentiment. Que vous ayez été sincère avec moi, je le crois ; que vous soyez changée depuis quelques jours, je l’ignore, mais je le crains. Mon Dieu ! prenez pitié de mes incertitudes, ou vous attirerez sur vous quelque malheur. Voyez, ce serait moi-même que j’accuserais surtout. J’ai été timide et dévoué plus qu’un homme ne le devrait peut-être. J’ai entouré mon amour de tant de réserve, j’ai craint si fort de vous offenser, vous qui m’en aviez tant puni une fois déjà, que j’ai peut-être été trop loin dans ma délicatesse, et que vous avez pu me croire refroidi. Eh bien ! j’ai respecté un jour important pour vous, j’ai contenu des émotions à briser l’âme, et je me suis couvert d’un masque souriant, moi dont le cœur haletait et brûlait. D’autres n’auront pas eu tant de ménagements, mais aussi nul ne vous a aimée comme moi, nul ne