Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/179

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toute ma jeunesse et ma force au bonheur de vous posséder, de même aussi mon désir s’arrêterait devant votre réserve, comme il s’est arrêté si longtemps devant votre rigueur.

Ah ! ma chère et véritable amie, j’ai peut-être tort de vous écrire ces choses, qui ne se disent d’ordinaire qu’aux heures d’enivrement. Mais je vous sais si bonne et si sensible que vous ne vous offenserez pas d’aveux qui ne tendent qu’à vous faire lire plus complètement dans mon cœur. Je vous ai fait bien des concessions ; faites-m’en quelques-unes aussi. La seule chose qui m’effraie serait de n’obtenir de vous qu’une complaisance froide, qui ne partirait pas de l’attachement, mais peut-être de la pitié. Vous avez reproché à mon amour d’être matériel ; il ne l’est pas, du moins dans ce sens ! Que je ne vous possède jamais si je dois n’avoir dans mes bras qu’une femme résignée plutôt que vaincue. Je renonce à la jalousie ; je sacrifie mon amour-propre ; mais je ne puis faire abstraction des droits secrets de mon cœur sur un autre. Vous m’aimez, oui, beaucoup moins que je ne vous aime sans doute ; mais vous m’aimez, et, sans cela, je n’aurais pas pénétré aussi avant dans votre intimité. Eh bien ! vous comprendrez tout ce que je cherche à vous exprimer : autant cela serait choquant pour