Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/184

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Vous êtes bien la plus étrange personne du monde et je serais indigne de vous admirer si je me lassais de vos inégalités et de vos caprices.

Oui, je vous aime ainsi, bien plus, je vous admire et je serais fâché que vous fussiez autrement. À un amour tel que le mien il fallait une lutte pénible et compliquée ; à cette passion infatigable il fallait une résistance inouïe ; à ces ruses, à ces travaux, à cette sourde et constante activité, qui ne néglige aucun moyen, qui ne repousse aucune concession, ardente comme une passion espagnole, souple comme un lien italien, il fallait toutes les ressources, toutes les finesses de la femme, tout ce qu’une tête intelligente peut rassembler de forces contre un cœur bien résolu. Il fallait tout cela, sans doute, et je vous aurais peu estimée d’avoir cru la résistance plus facile et l’épreuve moins dangereuse…

Toutefois, ne craignez rien : je suis encore mal remis du coup qui m’a frappé et il me faut du temps pour me reconnaître.