Page:Ni Marat ni Roland.djvu/15

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vile, de la liberté universelle. De petites fractions nationales conviendroient mieux, sans doute, à des pigmées qui voudroient paroître des géans. Ces pigmées se coalisent derrière un homme en place dont ils renforcent le mannequin gigantesque. Illusion éphémère ! car le souverain infiniment jaloux, ombrageux et fort, fait rentrer d’un regard et d’un geste tous les ambitieux dans le néant.

Voici la conclusion philosophique que je tire de cette discussion désagréable : c’est que le peuple contrarié dans son heureux instinct, par les maximes fausses d’un mandataire ou d’un fonctionnaire, attribue toujours à la corruption du cœur, ce qui n’appartient qu’à l’organisation de la tête. Par exemple, le bon Kersaint qui vouloit négocier la paix avec l’Autriche, huit jours avant le coup de canon des Tuileries, et qui, à son retour de Sédan, vouloit se cacher dans les montagnes méridionales ; on l’a cru traître, et il n’étoit que sot et poltron. L’erreur engendre l’erreur. On se fait mutuellement des reproches exagérés ; les vilainies et les injustices s’en mêlent de part et d’autre ; les vengeances privées s’agroupent en vengeances publiques. On est exclu ignominieusement d’un club ou d’un corps électoral ; le