Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/147

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Vous n’êtes point des aigles : c’est pourquoi vous n’avez pas appris le bonheur dans l’épouvante de l’esprit. Celui qui n’est pas un oiseau ne doit pas planer sur les abîmes.

Vous me semblez tièdes : mais un courant d’air froid passe dans toute connaissance profonde. Glaciales sont les fontaines intérieures de l’esprit et délicieuses pour les mains chaudes de ceux qui agissent.

Vous voilà devant moi, honorables et rigides, l’échine droite, ô sages illustres ! — Vous n’êtes pas poussés par un vent fort et une volonté vigilante.

N’avez-vous jamais vu une voile passer sur la mer tremblante, arrondie et gonflée par l’impétuosité du vent ?

Pareille à la voile que fait trembler l’impétuosité de l’esprit, ma sagesse passe sur la mer — ma sagesse sauvage !

Mais, serviteurs du peuple, sages illustres, — comment pourriez-vous venir avec moi ? —

Ainsi parlait Zarathoustra.



LE CHANT DE LA NUIT


Il fait nuit : voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.