Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/13

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Prologue de l’Auteur.

Vignette 1

res illustres et tres chevaleureux champions gentilz hommes et aultres, qui voluntiers vous adonnez à toutes gentillesses et honnestetez, vous avez na gueres veu, leu, et sceu les grandes et inestimables chronicques de l’enorme geant Gargantua, et comme vrays fideles les avez creues tout ainsi qu'en texte de Bible ou du sainct Evangile, et y avez maintefoys passé vostre temps avecques les honorables dames et damoyselles, leur en faisans beaulx et longs narrez, alors que estiez hors de propos : dont estes bien dignes de grande louange. Et à la mienne volunte que ung chascun laissast sa propre besoigne, ne se souciast de son mestier et mist ses affaires propres en oubly, afin d'y vacquer entierement sans que son esprit feust de ailleurs distraict ny empesche, jusques à ce que l’on les sceust par cueur, affin que si d’adventure l’art de l’imprimerie cessoit, ou en cas que tous livres perissent, au temps advenir dont chascun les puisse bien au net enseigner à ses enfans : car il y a plus de fruict que par adventure ne pensent ung tas de gros talvassiers tous croustelevez, qui entendent beaucoup moins en ces petites joyeusetez que ne faict Raclet en l’Institute. J’en ay congneu de haultz et puissans seigneurs en bon nombre, qui, allant à chasse de grosses bestes, ou voller pour faucons : s’il advenoit que la beste ne feust rencontree par les brisees, ou que le faulcon se mist à planer, voyant la proye gaigner à tire d’esle, ilz estoient bien marryz, comme entendez assez : mais leur refuge de reconfort et affin de ne se morfondre estoit à recoler les inesti-