Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/32

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Et me doubte que a sa mort lon luy a faict quelque tord, dont il demande vengeance a ses parens. Ie men enquesteray plus a plain et en feray ce que de raison. Ainsi sen retourna non pas a Poictiers, mais il voulut visiter les aultres universitez de France, dont passant a la Rochelle se mist sur mer et sen vint a Bourdeaulx, mais il ny trouva pas grant exercice, sinon des gaubarriers a iouer aux luettes sur la grave, de la sen vint a Thoulouse, ou il aprint fort bien a dancer et a iouer de lespee a deux mains comme est lusance de escoliers de ladicte universite, mais il ny demeura gueres : quand il vit quils faisoyent brusler leurs regens tous vifs comme harans soretz, disant. Ia dieu ne plaise quainsi ie meure, car ie suis de ma nature assez altere sans me chauffer davantage. Puis vint a Montpellier ou il trouva fort bons vins de Mirevaulx et ioyeuse compaignie, et se cuyda mettre a estudier en Medicine, mais il considera que lestat estoit fascheux par trop et melancolicque, et que le medecins sentoyent les clisteres comme vieux diables. Et par ce vouloit estudier en loix, mais voyant quil n’y avoit que troys teigneux et ung pele de legistes audict lieu sen partit. Et au chemin fist le pont du Guard, en moins de troys heures, qui toutesfoys semble œuvre plus divine quhumaine. Et vint en Avignon ou il ne fut pas troys iours quil ne devint amoureux, car les femmes y iouent voulentiers du serrecropyere. Ce que voyant son Pedagogue nomme Epistemon len tira et le mena a Valence au Daulphine, mais il vit quil n’y avoit pas grant exercice, et que les marroufles de la ville batoyent les escholiers, dont il eut despit, et ung beau Dimenche que tout le monde dansoit