Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


este lhomme cree. Mais par ce moyen de propagation seminale demeure es enfans ce que estoit de perdu es parens, et es nepveux ce que deperissoit es enfans, et ainsi successivement, iusques a lheure du iugement final, quant Iesuchrist aura rendu a Dieu son pere son royaulme pacificque hors tout dangier et contamination de peche : car alors cesseront toutes generations et corruptions, et seront les elemens hors de leurs transmutations continues, veu que la paix desiree sera consommee et que toutes choses seront reduictes a leur fin et periode. Doncques non sans iuste et equitable cause ie rends graces a Dieu mon conservateur, de ce quil ma donne povoir veoir mon antiquite chanue refleurir en ta ieunesse : car quand par le plaisir de celluy qui tout regist et modere, mon ame laissera ceste habitation humaine, Ie ne me reputeray point totalement mourir : mais plus tost transmigrer dung lieu en aulre, attendu que en toy et par toy ie demeure en mon ymage visible en ce monde, vivant, voyant, et conversant entre gens de honneur et mes amys, comme ie souloys, laquelle mienne conversation a este, moyennant layde et grace divine, non sans peche, ie le confesse : car nous pechons tous, et continuellement requerons a Dieu quil efface nos pechez, mais sans reprouche. Parquoy ainsi comme en toy demeure lymage de mon corps, si pareillement ne reluysoient les meurs de lame, lon ne te iugeroit pas estre garde et thresor de limmortalite de nostre nom, et le plaisir que prendroys ce voyant, seroit petit : consyderant, que la moindre partie de moy, qui est le corps, demeureroit : et que la meilleure, qui est lame : et par laquelle demeure nostre nom en benediction entre les hommes, seroit degenerante