Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/20

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Louisa Dufour, voilà qui sonne. Quel dommage que vous ne puissiez divorcer.

— Oui, grand dommage. Mais vous ne pouvez savoir combien je suis heureuse que vous aimiez Louisa. Mon fils Pierre n’arrête pas de me faire enrager avec mon prénom. Il va même jusqu’à prétendre (les enfants ont perdu tout sens du respect) que Louisa c’est un vrai nom de fille à soldats. L’autre jour il avait le toupet de le dire devant votre cousin Bricoulet. Je le giflerais bien qu’il ait ses vingt ans sonnés, et puis, je vous le demande un peu, mon père m’aurait-il laissé baptiser comme une fille à soldats.

Les talons de Mme Blok usent le tapis :

— Vous disiez donc, chère amie, que vous ne pouviez divorcer. Pourquoi ?

La victime des lois des hommes se recueille :

— Parce que le colonel Dumont est…

Le ton de confidence veut que la voix s’éteigne à la fin de la phrase et Mme Blok n’a pas entendu. Elle hurle : Comment ?

Il n’y a plus d’effet à ménager, et l’on clame (cette fois ton de victoire) M. Dumont est fou, fou, fou.

Hier samedi, au concert Colonne, on donnait du Bach, Mme Blok a encore dans les oreilles le défi de Pan et de Phœbus : « fou, fou, fou, sa raison s’égare » et voici que la folie d’un colonel de la troisième République fait les frais d’un chant à deux voix, fou, fou, fou