Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/37

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Mme Dumont-Dufour droite dans son fauteuil a grand air. Elle ressemble à la reine d’Angleterre, impératrice des Indes dont les omoplates n’ont jamais eu la faiblesse de toucher le dos d’un siège. Mme Dumont-Dufour a grand air. Ses traits se pétrifient. Elle incarne la justice. On dirait d’un grand inquisiteur au superlatif. Va-t-elle brûler Mme Blok dans sa salamandre, si Mme Blok, sur-le-champ, ne confesse qu’elle a bel et bien été victime du charme slave et n’abjure ? Mme Blok a peur. Mme Dumont-Dufour insiste :

— Vous défendez-vous ?

— Il y a une fatalité.

— La fatalité c’est un mot.

— Pourtant vous, qui aviez mis toutes les chances de votre côté, n’avez pas fait un mariage d’amour, mais avez épousé M. Dumont sans être victime d’aucun charme, vous n’avez pas été heureuse.

— Oui, mais j’ai ma conscience pour moi.

— Et moi quelques beaux souvenirs. Le soir de mes fiançailles, le jour de mon mariage, ma nuit de noces.

Un soir de fiançailles, un jour de mariage, une nuit de noces ! En vérité il n’y a pas de discussion possible avec Mme Blok. Une nuit de noces ! Mme Dumont-Dufour éclate. Elle rit jaune, elle rit rouge, elle rit avec la gorge, le nez, la bouche, les yeux. Elle rit de toutes ses rides, les présentes et les futures, de tout son