Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/46

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faire sœur des plus terribles dieux. Et toutes ces pensées qui s’entrechoquent, et de toutes ces pensées entrechoquées des étincelles, et des étincelles un incendie. Le cerveau d’Herminie est en feu. Un feu qui éclaire le cercle des invités. Les invités aux visages pâles, aux yeux blêmes, aux lèvres noires, aux têtes de morts. La mort. Mme Blok devine la mort. Et cette pendule qui n’avance plus.

Enfin neuf heures. Il y a juste une heure qu’on eût dû annoncer : Madame est servie, et voici Mme Blok qui se rappelle qu’on se suicide beaucoup dans la famille Blok, voici Mme Blok, une vraie pierre au milieu de son satin crème et rose, voici Mme Blok la main droite sur le bouton de la porte qui mène du salon au bureau, voici Mme Blok, statue du malheur, qui attend que les neuf coups aient fini de sonner pour ouvrir et annoncer elle-même : M. Blok est mort.

M. Blok est mort…

…Et la férocité des invités dont les regards lancent d’inexorables faisceaux de points d’interrogation.

M. Blok est mort. La maîtresse de maison doit expliquer : M. Blok est mort, il s’est suicidé, il s’est pendu…

Les invités quittent leurs chaises, se précipitent. Les femmes ont beau mettre leurs bras nus devant leurs yeux, elles sont décidées à ne rien perdre du spectacle. Un pendu. Pensez donc. Et personne n’écoute Herminie qui se lamente : Pourquoi lui ai-je demandé d’aller