Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/45

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Neuf heures moins dix : le domestique revient bredouille. Monsieur n’est ni dans sa chambre ni dans son cabinet de toilette.

Neuf heures moins cinq : Mme Blok ne peut plus ouvrir la bouche. Elle croit qu’un volcan va faire irruption à l’extrémité de chacun de ses doigts. Elle se trémousse et voudrait casser une pendule qui la nargue, une pendule Empire qu’elle se met à détester et dont voici quelques instants elle était encore si fière.

Neuf heures moins quatre, neuf heures moins trois.

Elle se lève.

Neuf heures moins deux. Elle est droite au milieu de ses invités, d’une telle pâleur dans son satin crème et rose qu’un seul cri emplit le salon. Mais personne ne se lève. Les voyez-vous tous, les invités des Blok cloués dans leur fauteuil. Et il leur faut deux heures pour clamer leur effroi : « Herminie. » Deux heures. Mais non, Mme Blok ne se rend pas bien compte. La pendule marque moins une. Serait-elle devenue folle, ou la pendule ? Ni elle ni la pendule, mais déjà les invités n’ont plus faim. Ils savent qu’un autre régal leur est promis. Quand, tous en chœur, ils ont prononcé le nom de Mme Blok, ce n’était pas pour la supplier de ne pas faire un pas en avant, mais, au contraire, pour l’exhorter. Mme Blok n’a plus son intelligence des jours de semaine, ni même celle des dimanches. Mme Blok commence à se rendre compte qu’une fatalité va la