Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 71.djvu/386

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


nécessaires. Pour le public de nos jours, juge sommaire, plus que froid, et par suite de sa froideur volontiers difficile en ces matières, toute puissance spirituelle se trouve singulièrement compromise qui, par prudence humaine et par des considérations tirées de sa situation passagère, a été conduite à céder quelque chose des attributions qui lui sont propres, à souffrir un partage quelconque dans la mission qui lui est particulièrement dévolue, à capituler enfin, si peu que ce soit, sur l’essence des choses qui constituent le fond même de son autorité. Avec l’empereur plus qu’avec tout autre, ce danger était immense. Ce n’est pas, tant s’en faut, que Napoléon se complût à afficher publiquement sur les sujets religieux des opinions légères, scabreuses ou seulement malsonnantes. Loin de là, il était depuis son avènement à l’empire sous l’influence d’idées toutes différentes, et le pire moyen de lui faire sa cour était de professer l’athéisme aux Tuileries, comme faisaient encore d’anciens adeptes de la secte philosophique. Volontiers il provoquait à ce sujet la discussion, et dans les controverses animées qu’il se plaisait à soutenir contre Cabanis, Monge et de Lalande sur les preuves de l’existence d’un Dieu tout personnel, il se vantait volontiers de savoir trouver réponse à tous leurs argumens. Quant aux plaisanteries inconvenantes sur les dogmes particuliers au christianisme, il les avait en aversion, et traitait fort dédaigneusement les beaux esprits attardés qui se les permettaient devant lui. Au fond, il était déiste avec une nuance de respect involontaire et de prédilection avouée, qu’il tenait de son enfance, pour la religion catholique. Lorsque son ambition politique ou ses intérêts personnels n’étaient pas enjeu, il était naturellement impartial et sincèrement tolérant.

Le péril que l’église courait en contractant avec Napoléon une trop étroite alliance n’était pas celui de voir sa dignité extérieure compromise par les procédés ostensibles ou par le langage officiel du chef de l’empire français. L’habile négociateur du concordat, qui avait pris soin de rétablir toute l’ancienne hiérarchie du clergé de France, était doué d’un sens politique trop sûr, il avait, sauf quelques éclairs de violente passion, un goût trop fin des convenances, et par-dessus tout le sentiment trop profond de la vraie grandeur pour songer à prendre dans ses rapports publics avec les membres de ce clergé une attitude et des façons qui n’auraient pas eu un cachet marqué de respect, de bienveillance et d’affection. Les communications adressées par Napoléon aux évêques de l’empire et ses lettres personnelles, rédigées le plus souvent par la plume savante de son ministre des cultes, M. Portalis, ne le cédaient en rien, pour le décorum de l’accent et pour l’aménité des formes, aux documens autrefois émanés de l’ancienne aumônerie royale. L’étiquette, plus