Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 85.djvu/241

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droits de l’une et les droits de l’autre ; il avait nom lion. Les petits étaient ses serfs, les grands ses vassaux ; il les tenait de plus par les armes. Les premiers Suisses, hardis bergère et adroits chasseurs, faisaient déjà de bons soldats ; on en put voir dès 1253 à la solde d’un abbé de Saint-Gall qui guerroyait contre l’évêque de Constance ; plus tard, en 1289, au siège de Besançon, dans l’armée du roi Rodolphe, figurèrent 1,500 hommes de Schwyz (parmi lesquels probablement beaucoup de gens des autres vallées) qui firent parler d’eux. Un chroniqueur raconte qu’une partie de ces Schwyzois, « après s’être dévalés dans le camp ennemi, le long de précipices escarpés, comme gens habitués à courir les montagnes, regagnèrent leurs quartiers, chargés de butin. » Grâce à ces services militaires, les Schwyzois obtinrent de Rodolphe plusieurs concessions ; ils auraient pu être heureux, n’était l’ambition dynastique de ce prince et surtout son ambition domestique. Possesseur d’un chétif patrimoine, il s’efforçait de l’agrandir au profit de sa famille et au détriment des libres communautés. Ce fut lui qui s’appropria le duché d’Autriche et qui en dota ses enfans ; dès lors l’Autriche devint l’ennemi juré des vallées libres. C’est cette puissance nouvelle que les Schwyzois redoutaient dans l’avenir. Sous Rodolphe, qui régna dix-huit ans, ils avaient été protégés ou ménagés ; mais l’empereur mort, que ferait son fils, le duc d’Autriche et à quels empiétemens ne pouvait-on pas s’attendre, si la toute-puissance impériale se perpétuait dans la dynastie des Habsbourgs ? Là était le danger imminent, non-seulement pour Schwyz, mais aussi pour Unterwalden et même pour Uri malgré les droits trois fois reconnus et consacrés des Uraniens, car en ce temps de déchiremens et d’usurpations la raison du plus fort était la meilleure. C’est pourquoi, dès le 1er août 1291, quinze jours seulement après la mort de Rodolphe, les hommes des vallées de Schwyz, d’Uri et de Stanz (ceux de Sarnen ne devaient s’associer aux autres que plus tard) scellèrent une alliance qui dure encore aujourd’hui.

C’est le premier pacte fédéral. Il débute sans phrases, sans déclaration des droits de l’homme. « Au nom de Dieu, amen. C’est veiller à ce qui est honnête et pourvoir à l’utilité de tous que de fonder notre alliance sur des bases de paix et de tranquillité, » voilà tout le préambule, sur quoi les confédérés font savoir à tous que, « considérant la malice des temps, pour mieux se défendre, eux et leur avoir, et pour mieux conserver leurs droits, ils ont promis de s’assister mutuellement, corps et biens, par toute espèce de secours, de conseils et de bons offices, au dedans et au dehors des vallées, de tout leur pouvoir, de tous leurs efforts, contre tous ceux ou chacun de ceux qui feraient peine, injure ou violence à eux tous ou à l’un d’eux. » En tout péril, chaque vallée aidera l’autre à ses frais