Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 85.djvu/431

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des élémens de matière terreuse qu’elles charriaient, on recueillait dans un canal toutes ces masses liquides, qui auparavant séjournaient sur les terres et restaient confondues avec elles. Ces travaux, commencés dès le début du XVIIe siècle, ne furent terminés qu’à une époque récente, sous l’administration du comte de Fossombroni, qui en a raconté les péripéties dans son intéressant ouvrage intitulé Memorie fisico-storiche sopra lo Val di Chiana. Aujourd’hui la vallée de la Chiana est un des districts les plus riches de l’Italie et du monde entier.

Cette même méthode fut appliquée dans différentes parties des maremmes. Cosme Ier entreprit d’assainir la vallée de Grosseto, il creusa des canaux et éleva des digues ; mais ses ouvrages furent abandonnés par ses successeurs. Ces projets interrompus furent repris dans la dernière moitié du XVIIIe siècle. On découvrit que le point de départ de toutes ces améliorations devait être le dessèchement des Padule di Castiglione, le lacus Prelius, dont parle Cicéron. Ce marécage avait 53 kilomètres carrés de superficie ; on y a appliqué le système du colmatage ; on y a conduit par des canaux la rivière de l’Ombrone, dont les nombreux dépôts de matière terreuse ont exhaussé le sol ; on a ensuite pratiqué le drainage, et l’on a ainsi réduit de moitié ce lac pestilentiel. On a aussi fermé par des vannes les communications du lac avec la mer, lesquelles étaient autrefois une cause de miasmes. Beaucoup d’autres marécages ont été soit complètement desséchés, soit très sensiblement réduits par les mêmes procédés.

L’activité des particuliers n’est pas restée en dehors de ces travaux entrepris ou subventionnés par l’état. De toutes parts l’on a vu se faire des défrichemens considérables ; des fermes immenses se sont élevées dans ces lieux, jadis empestés : on en rencontre qui se font remarquer par leurs proportions et leur bon aménagement aux environs de la rivière de l’Ombrone et du lac de Castiglione. C’est la grande propriété et la grande culture qui prévalent dans ces régions ; la petite propriété y est complètement inconnue. Un éminent économiste et agronome, M. Hippolyte Passy, signale comme le principal mérite de la grande culture la facilité et la promptitude avec lesquelles on la voit transformer des contrées jusque-là négligées et pauvres. Nous avons cité nous-même un exemple de l’efficacité de la grande culture en pareil cas, en décrivant le dessèchement des marais du comté de Lincoln, et spécialement du South Fen District en Angleterre, au moyen des bandes agricoles [1]. L’organisation du travail rural dans les parties cultivées des maremmes présente

  1. Voyez l’article sur les Bandes agricoles en Angleterre dans la Revue du 1er septembre 1869.