Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 88.djvu/878

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changer. Peut-être y aura-t-il lieu de se tenir en garde contre des élans qui, même heureux, sont payés par des retours, et de se fier davantage à la froide résolution. Il n’y avait d’ailleurs chez nos équipages que l’excès à reprendre, et ce fut bientôt fait. Après quelques pas en avant, tout ce qui était bravade disparut, et la tenue fut meilleure.

A Mers-el-Kebir, devant la population d’Oran, qui garnissait les collines, on s’aperçut bien de ce changement d’allures. Le 1er juillet 1869, l’escadre était en rade avec tous ses pavillons de fête flottant sur les mâts. Un spectacle était attendu. Il avait été convenu entre le général de Wimpffen, qui commandait la province, et le vice-amiral Jurien de La Gravière, commandant en chef de l’escadre, que les équipages effectueraient un débarquement de vive force entre Mers-el-Kebir et Oran, à droite de la batterie de la Briqueterie. L’attaque allait être conduite par les officiers des frégates, à la tête de 700 marins-fusiliers renforcés de quatre obusiers ; la défense était confiée à 500 zouaves du 2e régiment, un escadron du 2e de chasseurs d’Afrique et une demi-batterie rayée du 2e d’artillerie. On avait autant que possible balancé le nombre des hommes et les moyens d’action. Pour en abréger les préliminaires, les feux de la côte étaient censés éteints par ceux du bord. Il n’y eut comme entrée de jeu que quelques décharges de l’aviso le Renard et des chaloupes canonnières, qui assurèrent le débarquement en balayant la plage de leurs feux.

Cette précaution prise, les équipages opérèrent leur débarquement. Tout s’y passa bien ; les hommes se surveillaient, se contrôlaient l’un l’autre devant cette foule venue pour les voir. Les embarcations se remplirent presque instantanément, sans désordre, sans cris ni gestes, comme il convient à une force bien disciplinée ; elles voguèrent vers le rivage sans confusion, et eurent bientôt mis les agresseurs en face des obstacles qu’il fallait vaincre, c’est-à- dire de rochers presque à pic garnis de tirailleurs et d’artilleurs. Alors cette petite guerre commença d’après un programme convenu, et comme un concert en deux parties, coupé par un repos et une collation. Reçus au bruit des mousquetons et des obusiers, les marins se concentrèrent consciencieusement à l’abri des escarpemens du rivage avant de dessiner leur mouvement offensif. Leurs forces une fois à terre, ils repoussèrent les zouaves des premières positions », franchirent un ravin profond et arrivèrent sur un petit plateau où les attendait, à l’abri de la batterie éteinte, comme on l’a vu, l’escadron de chasseurs à cheval : nouvel engagement pour nos marins ; après les artilleurs les tirailleurs, après les tirailleurs les cavaliers, point d’arme dont ils n’eussent à essuyer la rencontre. La dernière épreuve était celle du terrain ; il fallait franchir un mamelon escarpé qui