Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/752

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


temporaires aux indigens non inscrits et aux indigens de passage ; — secours de rapatriement ; — distributions extraordinaires à l’occasion des fêtes religieuses ; — distribution de combustibles en hiver ; — fourneaux alimentaires (300,000 portions annuellement) ; — secours aux femmes en couches, distribution de layettes ; — distribution de vêtemens chauds et de vêtemens aux enfans des écoles primaires (environ 2,000) ; — distribution de vêtemens aux enfans qui célèbrent leur initiation religieuse (de 150 à 180 par an) ; — distribution de machines à coudre aux ouvrières ; — caisse de prêts (le maximum est de 100 francs) ; — service des enfans assistés ; les orphelins et les enfans abandonnés, non recueillis dans les orphelinats, sont placés dans des familles auxquelles on paie une pension variant de 20 à 40 francs par mois. Autour de cette charité, que l’on pourrait qualifier d’officielle, gravitent une quarantaine de sociétés de secours mutuels qui toutes concourent dans une mesure appréciable à soulager la misère israélite.

Deux fondations spéciales ressortissant au comité me semblent mériter une mention particulière ; la première est l’œuvre des loyers, destinée à assurer la jouissance d’un logement à des familles que l’indigence a visitées. Bien des juifs sont pauvres à Paris ; le petit métier qu’ils exercent les empêche de mourir de faim, mais ne leur permet de faire aucune économie : le gain quotidien est absorbé par les exigences quotidiennes. Pour eux la question des loyers est capitale, car les petits locataires n’ont point à compter sur la mansuétude de leurs propriétaires ; le jour du terme est redoutable : paie ou va-t’en ! D’autre part, l’israélite, plus que tout autre, est exclusif, il aime son chez soi ; le home lui est sacré, il s’y réfugie, il s’y console, il y reprend courage et, quelque malheureux qu’il soit, ressaisit l’espérance lorsqu’il y fait briller les sept lumières. La promiscuité des garnis lui fait horreur, car presque toujours l’étranger lui est hostile ; en outre, son péché lui suffit et il redoute celui des autres. À Paris, il s’est cantonné ; tandis qu’Israël opulent a bâti ses demeures dans les plus beaux quartiers, Israël misérable a ses lieux d’élection vers la rue Mouffetard, vers le Temple, vers les rues Saint-Maur et de la Roquette, et surtout vers la zone étendue entre la rue Saint-Antoine et l’ancien hôtel Saint-Paul, sur les terrains où s’allongent les rues du Petit-Musc, Beautreillis, des Lions, de la Cerisaie, qui, par leur nom, rappellent les différentes divisions des jardins de Charles VI. Ils vivent là sans grand bruit, et acquittent régulièrement leur loyer, car c’est le comité de bienfaisance qui le paie pour eux. La moyenne des locations auxquelles on pourvoit de la sorte est de 240 francs par an. C’est entre les mains du propriétaire ou du portier que le montant du terme est remis, et jamais au locataire, car il ne faut tenter personne,