Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/495

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vieux prêtre, montant sur un escabeau, vient lui passer au cou une guirlande d’œillets jaunes ; il lui allume une petite lampe, lui fait tinter une petite sonnette, avec force saluts, et puis l’enferme pour la nuit derrière des rideaux de nattes, et se retire en saluant encore. Quelque chose de rapide et de furtif m’évente le visage : une chauve-souris, de la grande espèce appelée roussette, qui est sortie avant l’heure et vole très bas ; elle va, elle vient, en confiance au milieu de la foule.

Une dernière teinte rosée persiste à la pointe de la tour, et voici l’heure de Brahma ; le sanctuaire s’emplit de clameurs et de musiques, dont l’ensemble m’arrive confusément. Que se passe-t-il, au fond de ce lieu caché ? Quels symboles, effrayans sans doute, y reçoivent ces adorations du soir ? Et devant ces images, la prière, quelle forme prend-elle, dans ces âmes, pour moi plus impénétrables que le temple ?…

Cependant un singe, un seul, dédaigneux de la promenade, est resté sur le faîte du mur, assis la queue pendante et tournant le dos aux gens du dehors. Mélancolique, il regarde là-haut le jour mourir sur cette pyramide du temple, où viennent de s’abattre, pour se coucher, les nuées de corbeaux et de pigeons qui tournoyaient dans le ciel ; toutes les nervures, toutes les saillies de la monstrueuse chose sont noires d’oiseaux qui battent encore des ailes. Je ne vois plus guère le singe qu’en silhouette, son dos presque humain, sa petite tête pensive, ses deux oreilles bien écartées, se détachant sur la pâleur toujours un peu rose de la tour colossale…

Encore la sensation d’un coup d’éventail silencieux ; la roussette qui passe et repasse, sans changer l’orbite qu’elle s’est tracée pour son vol.

Le singe regarde la grande pyramide ; je regarde le singe ; les petites filles me regardent ; et un égal abîme d’incompréhension nous sépare tous les uns des autres…

Je suis de retour maintenant près de l’entrée principale du temple, sur la place ensablée où vient aboutir la plus longue rue de Iaggarnauth. L’affluence de monde augmente de minute en minute, pour attendre l’arrivage de ces pèlerins, qui sont déjà signalés, me dit-on, et presque en vue.

Et les vaches sacrées sont là, qui se promènent dans la foule. L’une, la plus caressée par les enfans, est énorme, toute blanche, et sans doute très vieille. Il y en a aussi une petite noire, qui