Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/520

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(puisque tel est le nom qu’on nous donne), vous trouverez des bouddhistes, des brahmanistes, des musulmans, des protestans, des catholiques, des orthodoxes, ou même dos gens comme vous, s’il vous plaît de vous faire recevoir des nôtres…

— Alors, pour être des vôtres, que faut-il ?

— Prêter serment de considérer tous les hommes comme vos frères, sans distinction de caste ni de couleur ; de traiter avec les mêmes égards les plus humbles ouvriers ou les princes. Prêter serment de chercher par tous les moyens possibles la vérité, dans le sens antimatérialiste. Il ne faut rien de plus. Chez nos amis de Madras, que vous avez visités en passant, on incline au bouddhisme, dont la froideur, je le sais, a rebuté votre âme mystique. Nous, c’est dans le brahmanisme ésotérique, sous sa forme la plus ancienne, que nous trouvons l’apaisement et la lumière. Il nous paraît contenir la plus haute expression de vérité qu’il soit donné aux hommes de connaître.

Nous voulons bien vous guider dans la voie que nous, essayons de suivre. Mais vous connaissez la vieille allégorie des « gardiens du seuil, » qui, à l’entrée des sanctuaires, ou au commencement des initiations, rôdent pour effrayer les néophytes ; le sens véritable en est celui-ci : les débuts de la Connaissance ne vont pas sans épouvante. Nous professons, vous le savez, que toute individualité humaine est éphémère et presque illusoire, et, pour quelqu’un d’aussi intensément individuel que vous l’êtes, c’est là un point bien difficile. Nous professons quantité de choses qui seront le renversement de toutes vos idées héréditaires. Ne nous maudirez-vous pas, si nous achevons de vous enlever d’inconsciens espoirs qui, peut-être, à votre insu, vous soutiennent encore ?

— Non. En fait d’espoirs, je n’ai plus rien à perdre.

— Alors, c’est bien ; venez auprès de nous.


PIERRE LOTI.