Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/514

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C’est dans ces dispositions que les principaux chefs de l’armée française marchaient à la rencontre d’Eugène et Marlborough. Après deux jours d’une marche pénible, au travers d’un pays coupé de bois, de haies et de canaux, l’armée arriva enfin à Mons-en-Puelle, c’est-à-dire à quatre lieues et demie de Lille, sur le bord de la Marck, petite rivière dont le passage était facile, car, à cette époque de l’année, il n’y avait pas une goutte d’eau ; mais, de l’autre côté, solidement établis dans une position facile à défendre, leur droite et leur gauche couvertes par des marais, Eugène et Marlborough barraient la route de Lille. Le 5, au matin, le Duc de Bourgogne, Vendôme et Derwick furent reconnaître le terrain, et de nouveau un conseil de guerre eut lieu, fort orageux. Vendôme se prononça nettement pour l’attaque. Dellerive lui prête un langage quelque peu déclamatoire : « Quoi, se seroit-il écrié, sera-t-il dit qu’on ne fasse pas lever le siège de Lille avec une armée composée de troupes d’élite ! Quoi ! nous serons les spectateurs froids et languissans de la perte d’une ville, capitale de la Flandre françoise, la première conquête du Roi, mon maître, » et, se tournant vers le Duc de Bourgogne, il auroit ajouté en frappant la terre : « Voyez et souvenez-vous, Monseigneur ; c’est ici [1] qu’un fameux combat couvrit de gloire Philippe le Bel, et guère loin d’ici, le champ de bataille de Bouvines où il y avoit aussi un Duc de Bourgogne, Eudes. » Mais Berwick fut d’un avis nettement opposé, s’appuyant, dit-il lui-même « sur ce que les ennemis se trouvant dans une belle plaine où ils se pouvoient remuer commodément, nous ne pourrions aller à eux qu’en défilant au travers d’un bois et d’un pays fort coupé de haies, de manière que, lorsque nous voudrions déboucher, ils pourroient nous charger avant que nous puissions nous former [2]. » Lequel avait raison du vainqueur d’Almanza ou du vainqueur de Luzzara ? Ce n’est point à nous d’en décider. Il est certain que la position des ennemis était forte, et nous savons aujourd’hui, par la correspondance de Marlborough,

  1. En 1302, Philippe le Bel avait en effet livré et gagné à Mons-en-Puelle une bataille contre les Flamands.
  2. Mémoires de Berwick, t. II, p. 26.