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l’armée de Silésie se dirigeait vers les déniés des montagnes de Bohême.

Un général doué de l’intuition militaire aurait alors vu clairement que le danger le plus proche viendrait de la 2e armée prussienne, et qu’à la distance où il se trouvait de Gitschin, il était plus menacé par le Prince royal que menaçant pour le prince Frédéric-Charles. Il aurait pris rapidement, il en avait le temps, les dispositions opportunes, poussé vers les frontières de la Bohême et de la Silésie, et non au-delà de l’Elbe, ses corps les plus avancés, en les faisant précéder par quelques brigades expédiées en chemin de fer. Dès le 26, les défilés, étroitement resserrés entre des collines boisées à pentes raides et présentant à chaque coude de route l’aspect d’une forteresse naturelle, auraient pu être facilement rendus impraticables et couverts par une artillerie en position. Le 27, deux corps au moins seraient venus de bonne heure, sans marches précipitées, s’unir aux brigades d’avant-garde ; les Prussiens, dans l’impossibilité de se déployer, auraient perdu le bénéfice de la supériorité de leur armement et de leur tactique, car c’est l’artillerie qui eût accueilli leurs têtes de colonnes au fur et à mesure qu’elles se seraient montrées. La 2e armée, rejetée dans les défilés, n’aurait pu se réunir à la 1re.

Benedek, aussi obtus et timide que brave et obstiné, ne se rend pas compte de la situation. Tout lui crie que c’est folie d’aller vers le prince Frédéric-Charles, qu’il ne le rejoindra pas à temps ; que le Prince royal, s’il n’avise pas immédiatement, le prendra en liane ; qu’il sera bien favorisé s’il évite, par une retraite précipitée, d’être broyé entre les deux branches de la tenaille ouverte : il n’entend pas. Arrivé à Josefstadt le 26, à midi, il adopte définitivement le plan, resté jusque-là dans son esprit à l’état d’incubation vague, de marcher sur l’Iser en couvrant sa droite, du côté des défilés de Silésie, par deux corps, Gablentz (Xe) et Ramming (VIe).

Le 27 au matin, Frédéric-Charles ne remue pas. L’armée du Prince royal accomplit son étape décisive. Le corps de Bonin (1er) part de Liebau en deux colonnes qui se réuniront au défilé de Parschnitz et marcheront ensemble sur Trautenau. La Garde se dirige en deux colonnes de Braunau sur Eipel et Kosteletz. Le corps de Steinmetz (5e) va de Glatz vers Nachod, où son avant-garde est depuis le 26 au soir.