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soixante-dix ans et l’inclémence du temps, il était en calèche découverte.

A une heure du matin, le maréchal de la Cour était venu, une lanterne sourde à la main, annoncer à Keudell la bataille imminente. Keudell va frapper aussitôt à la porte de la chambre où dormait Bismarck. « Ah ! le voilà bien, maugrée celui-ci, le funeste excès de zèle de messieurs les généraux ! Ils veulent faire assister le Roi à un combat d’arrière-garde, et, pour cette raison, il faut que je sacrifie mon sommeil, dont j’ai si grand besoin. Mais à quoi bon gémir ? Si le Roi y va, il faut que j’en sois. Commandez les chevaux. » Et il partit en calèche rejoindre le Roi, Roon et Moltke.

A Dub, ils se mirent tous en selle. Bismarck s’approcha de Moltke et demanda : « Savez-vous quelle est la longueur de la serviette dont nous allons ici empoigner le bout ? — Non, nous ne le savons pas au juste ; mais nous avons là au moins trois corps d’armée, peut-être toute l’armée autrichienne ! » La crainte du Roi et de Moltke était que ce ne fussent que trois corps couvrant la retraite du reste, et il n’était préoccupé que de ne pas les laisser échapper. Frédéric-Charles voulait attendre l’arrivée du Prince royal ; le Roi ordonna de passer immédiatement sur la rive gauche de la Bistritz, de refouler les Autrichiens, de les suivre et de les forcer au combat.

L’occupation de la rive gauche de la Bistritz, de Nechanitz à Benatek, n’offrit point de difficultés : les Autrichiens, sur l’ordre de Benedek, résistèrent peu et retirèrent leurs avant-lignes sur les hauteurs. Trois divisions de Frédéric-Charles restèrent maîtresses de la rive gauche, où celle de Fransecky était déjà établie. Les deux autres divisions, la cavalerie et l’artillerie furent laissées en réserve sur la rive droite. L’armée de l’Elbe s’empara de Nechanitz sans coup férir.

La situation devint moins facile au centre, quand les trois divisions passées sur la rive gauche de la Bistritz voulurent s’avancer vers Langenhof, et Fransecky s’emparer du bois de Swiep. Des hauteurs de Lipa, de Chlum et de Maslowed, une terrible artillerie les foudroya. Les trois divisions durent se mettre à l’abri derrière les bois et les maisons des villages. Chaque fois qu’elles essayaient d’en sortir, elles étaient écrasées et obligées de reculer précipitamment. Un moment, le Roi poussa son cheval vers quelques sections qui reculaient dans un