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par la Revue d’Edimbourg, en juillet 1850 ? Toujours est-il qu’en 1853, dans cette même revue, M. Conybeare s’en servait comme d’une expression passée dans l’usage. Elle désignait moins un parti délimité, organisé, ayant son Credo nettement formulé, qu’un état d’esprit, une tendance. Le broad churchman se méfie de toute institution autoritaire, de toute doctrine trop positive. Sa façon de se mettre à l’aise avec les objections de la science ou de la raison modernes est de considérer les questions dogmatiques comme autant de questions ouvertes sur lesquelles la critique à loisir de s’exercer. Il prévient les désaccords en supprimant les résistances. Il veut une Eglise à ce point « compréhensive, » que des hommes, différant sur les points les plus graves de la théologie, puissent s’y trouver réunis [1]. C’est, à ses yeux, une façon étroite de concevoir cette Eglise que de lui supposer une doctrine définie, essentielle, hors de laquelle commence l’hérésie. Loin de lui répugner, l’hérésie a pour lui une sorte d’attrait. Autant il supporte impatiemment toute affirmation dogmatique, autant il est indulgent à toutes les négations ou au moins à tous les doutes de la critique.

A ce moment même, l’une des manifestations de cette critique, — non la moindre par son objet et ses conséquences, — la critique biblique, commençait à pénétrer d’Allemagne en Angleterre [2]. Science redoutable qui prétendait écarter les nuages mystérieux dont la Bible, comme autrefois le Sinaï, avait été jusqu’alors enveloppée. Ainsi qu’il arrive souvent dans les entreprises de l’esprit humain, cette science se présentait tout d’abord avec un mélange assez troublant de progrès qui obligeaient l’apologétique à modifier bien des positions acquises et de témérités qui ébranlaient les fondemens de la révélation chrétienne ; elle était à la fois inquiétante pour les hommes de foi, déconcertante pour les hommes de routine, et, au premier abord, les défenseurs de fa tradition étaient portés à en repousser tous les résultats, aussi bien ceux qui étaient à bon droit suspects que ceux qui devaient être bientôt acceptés par tous.

  1. Le Dean Merivale, ami du Dean Lake, lui disait un jour, avec une pointe d’humour : « L’Église d’Angleterre est une merveilleuse institution : elle peut contenir deux hommes qui, comme vous et moi, diffèrent sur tous les points de la théologie. » (Memorials of Dean Lake, p. 4.)
  2. Notons qu’en France également, la Revue germanique, destinée à vulgariser les résultats de la critique allemande, commençait sa publication en 1858, et que, quelques années après, en 1863, paraissait la Vie de Jésus par M. Renan.